Quel avenir pour le football catalan ?

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Tour à tour intégrée à la couronne d’Aragon, à la Monarchie Royale d’Espagne, puis enfin au Royaume d’Espagne, entre temps conquise par Napoléon Ier, la Catalogne a toujours été agitée par des velléités nationalistes et indépendantistes. Ces dernières semaines, le débat sur l’indépendance de la région s’est réactivé : le 11 septembre dernier, des milliers de catalans ont défilé à Barcelone pour réclamer l’autodétermination. Selon plusieurs sondages, 51% des habitants y seraient favorables. Au-delà des conséquences politiques et économiques majeures qu’un tel scénario entraînerait, quel serait l’avenir du football catalan ?

Une équipe nationale, et après ?

Dans l’éventualité où la Catalogne obtiendrait son indépendance, plusieurs conséquences interviendront. L’équipe catalane, actuellement non reconnue par les instances européennes et internationales du football, deviendrait une équipe nationale. Les joueurs nés en Catalogne seraient dès lors uniquement sélectionnés en équipe nationale. Assez simplement, comme lors de la séparation de la Serbie et du Monténégro, les joueurs jusque là espagnols et nés en Catalogne poursuivraient  leur carrière internationale en équipe de Catalogne. Mais cela pose un premier problème : quid de la Catalogne française ? Quel avenir pour les joueurs français qui y sont nés ? Une indépendance de la Catalogne espagnole n’aurait à coup sûr aucun impact sur la Catalogne française, où les revendications sont bien moins fortes que de l’autre côté des Pyrénées. Il s’agirait donc d’une équipe d’une partie de la Catalogne… Cette équipe pourrait avoir comme onze de départ le suivant : Valdés ; Montoya, Puyol, Piqué, Jordi Alba ; Busquets, Fàbregas, Xavi ; Bojan, Alvaro Vazquez, Isaac Cuenca. Une équipe très Barça donc. Une équipe qui affaiblirait, en partie, l’équipe espagnole. Sur la composition de départ espagnole de la finale de l’Euro 2012 (victoire 4-0 contre l’Italie), cinq joueurs espagnols disparaîtraient. Difficile de dire qu’un tel scénario sera sans effet sur l’équipe nationale espagnole. Mais, une telle équipe catalane pourrait-elle aller loin, se qualifier pour une compétition internationale ? Rien n’est moins sûr : derrière cette équipe-type hypothétique, les remplaçants seraient bien loin. Cette éventualité a de fortes chances d’être néfaste sur le plan sportif, tant pour l’Espagne que pour la Catalogne elle-même.

Quel championnat pour les clubs catalans ?

La question de l’équipe nationale demeure néanmoins relativement plus simple à traiter que celle des clubs catalans. Assisterait-on à la naissance d’un nouveau championnat catalan ? Une telle éventualité serait la plus logique. Lorsque de l’éclatement de la Serbie-Monténégro, en 2006, chacun des deux pays a créé ses propres championnats nationaux. Une indépendance de la Catalogne devrait donc, en toute logique, amener les clubs catalans à quitter les ligues espagnoles et à intégrer des nouvelles ligues catalanes. Finis les clásicos, bienvenue aux F.C. Barcelona – L’Hospitalet-de-Llobregat, Girona – Lleida et autres Tarragone – Cornellá de Llobregat. Quant au R.C.D. Espanyol de Barcelona, il devrait sans doute changer de nom : royal et espagnol, cela serait sans doute malvenu dans une éventuelle république de Catalogne. Au-delà de ces questions techniques, quel serait le niveau d’un tel championnat ? Il risque fort de se résumer à une domination sans partage du Barça.

D’ailleurs, une telle éventualité ne séduit que très peu Sandro Rosell, président du F.C. Barcelona. Encore un point qui le distingue de son prédécesseur Joan Laporta, fervent indépendantiste qui voulait faire de « son » Barça le fer de lance du « catalanisme ». Rosell se garde bien de faire de son club un acteur politique, et ce malgré la tradition du club, fortement ancré dans l’identité catalane. D’où le « mes que un club ». A l’époque franquiste, l’usage du catalan était interdit en public, au même titre que le basque et la galicien. Le Barça, dont le nom fut transformé en « Barcelona Club de Fútbol » demeurait comme étant l’institution catalane, et beaucoup profitaient des matchs pour parler le catalan en public. Après la mort de Francisco Franco, dont la dictature aura duré de 1939 à 1975, l’usage du catalan a été à nouveau légalisé, la Catalogne a retrouvé son statut de quasi-autonomie que lui avait accordé la deuxième République (1931-1939) et la région s’est « re-catalanisée » (signalisation bilingue, usage administratif du catalan, …).

Pour des raisons principalement économiques, le F.C. Barcelona n’aurait absolument aucun intérêt à intégrer un championnat catalan. La participation au championnat espagnol assure au club une médiatisation presque sans égal, notamment grâce au fameux clásico, son opposition face au rival historique du Real Madrid C.F. 14 millions d’espagnols étaient devant leur télévision pour suivre le match retour la demi-finale de la Ligue des Champions 2010-2011 qui opposait les deux rivaux. Plus de 400 millions de personnes ont suivi le dernier clásico en championnat en avril dernier. En termes de retombées économiques, c’est très loin d’être négligeable. Les chances pour qu’un derby Espanyol-Barça attire autant de spectateurs demeurent très faibles. Aucun autre championnat ne pourrait garantir d’une telle audience aux deux clubs. Sandro Rosell envisage logiquement que son club puisse continuer à participer à la Liga, tout en étant situé dans un pays indépendant politiquement, citant l’exemple monégasque : malgré l’indépendance politique du Rocher, l’AS Monaco participe aux championnats français.

Difficile de dire si la Ligue de Football Espagnol l’entendrait de cette oreille. Partant des retombées offertes par la présence du Barça, elle pourrait très bien accepter que le club barcelonais continue à participer au championnat espagnol, ce qui serait également bénéfique du point du vue sportif. D’un autre côté, on peut tout à fait envisager que les instances politiques espagnoles fassent pression sur la LFP pour, en guise de « représailles », faire « payer » à la Catalogne, et donc au Barça, ses velléités indépendantistes. Du point du vue des clubs, les conséquences d’une telle éventualité sont donc difficiles à envisager. Plusieurs possibilités sont clairement envisageables, mais rien ne dit que la Catalogne obtienne un jour son indépendance, tant les interactions politiques, économiques, et donc sportives entre la région et le reste de l’Espagne sont importantes.

C.B.

Retrouvez le reste du dossier Football & nationalismes.

Article également publié le 10 octobre 2012 sur Carnet Sport.

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