Un vent nouveau venu de l’Est : l’émergence du football russe

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Longtemps considéré comme un championnat de seconde zone, la Première Ligue Russe semble avoir progressé énormément au cours de la dernière décennie. Depuis quelques années, nombreux sont les joueurs issus de pays de l’Europe de l’Ouest à y tenter leur chance, rejoignant là les nombreux brésiliens et africains de l’Ouest déjà présents. Une nouvelle étape a été franchie cet été avec les transferts records du brésilien Hulk et du belge Witsel au Zenith Saint-Pétersbourg. Mais qu’est-ce qui rend donc ce championnat si attrayant ?

2008 marque un beau millésime pour le football russe : une Coupe de l’UEFA pour le Zenith, et une demi-finale à l’Euro pour l’équipe nationale. Sorti de nulle part pour les néophytes, l’émergence du football russe traduit une évolution entamée quelques années plus tôt. En 2005, le géant gazier russe Gazprom prend le contrôle du Zenith. S’en suivent des investissements massifs, qui ont connu leur apogée (quoique, on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve) cet été avec les dépenses faramineuses de fin de mercato (plus de 100 millions d’euros). A côté de ça, les autres clubs russes de premier plan (CSKA Moscou, Rubin Kazan, Spartak Moscou) multiplient les transferts : Vagner Love, Seydou Doumbia, Keisuke Honda, Nelson Valdez, Salvatore Bochetti, … Certes, ces joueurs n’étaient pas des stars mondiales, mais cela marque clairement le nouvel élan dont jouit le football russe.

Projet sportif et compte en banque bien garni

En 2011, le milliardaire russe Suleyman Karimov rachète un club jusqu’alors complètement inconnu : l’Anzhi Makhachkala. Force est de constater que la renommée du club a bien changé aujourd’hui ! L’ambition du propriétaire est relativement simple : en faire un poids lourd de la scène européenne. Pour cela, il y met les moyens. Roberto Carlos, Jucilei, Moubabark Boussoufa, Balazs Dzsudzsak, Yuriy Zhirkov, Mehdi Carcela, Christopher Samba, Samuel Eto’o, Lacina Traoré, Lassana Diarra. Soit au total un peu moins de 120 millions d’euros en à peine quelques mois. Alors oui, clairement, le facteur financier est bien un facteur principal de l’attrait du championnat russe. Depuis son transfert au Zenith, Hulk touche un peu plus de 6 millions d’euros par an. Difficile de s’aligner sur une telle somme pour de nombreux clubs européens.

Au-delà de l’aspect purement financier, il ne faut pas non plus nier l’aspect sportif. Certes, quand Samuel Eto’o parle de « projet sportif » comme justification de son transfert à l’Anzhi – sachant qu’il touche plus de 20 millions d’euros par an – cela fait doucement rigoler. Mais le championnat russe a très clairement progressé depuis sa naissance il y a vingt ans ! La victoire du Zenith en Coupe de l’UEFA en 2008 le montre bien : pour se frayer en chemin en finale, le club russe a éliminé l’Olympique de Marseille, le Bayer Leverkusen et le Bayern Munich. Des clubs qu’on ne pourrait pas qualifier de figurants au niveau européen. Quelques mois après cette victoire, le Zenith récidive et bat Manchester United (2-1) en Supercoupe d’Europe. Pas vraiment un accident.

Quel impact sur l’équipe nationale russe ?

Ces performances plus que correctes des clubs russes se répercutent logiquement sur l’indice UEFA de la Russie, actuellement 7ème du classement. Les clubs russes sont régulièrement présent en phase de poule de la Ligue des Champions, avec des résultants globalement inégaux il est vrai. Aussi inégaux que ceux que connaissent l’Ukraine ou les Pays-Bas, ses plus proches rivaux à l’indice UEFA. Nombreux sont les commentaires à avoir prédit aux joueurs d’Europe de l’Ouest signant en Russie une retraite internationale imminente. Là aussi, force est de constater que ce n’est pas le cas. Sans l’affaire des matchs truqués en Italie cet été, Domenico Criscito (Zenith) aurait été un titulaire indiscutable en équipe d’Italie. Lassana Diarra a dû attendre sa signature à l’Anzhi pour être rappelé en équipe de France, alors même qu’il a disputé plus d’une vingtaine de matchs par saison lors de son bail au Real Madrid.

Qu’en est-il de l’équipe nationale russe dans tout ça ? Logiquement, les progrès des clubs russes devraient profiter à l’équipe nationale. En réalité, ce n’est pas aussi simple que ça. L’équipe nationale est parvenue en demi-finale de l’Euro en 2008, de manière assez séduisante. En 2012, c’est une toute autre histoire puisque les joueurs russe s’arrêtent en phase de poule, de manière assez surprenante au vu du niveau de jeu affiché lors des premiers matchs. Les règles qui s’appliquent en termes de quotas d’étrangers en Russie sont totalement différentes de celles applicables aux pays membres de l’Union Européenne. Le nombre d’étrangers dans l’effectif professionnel n’est pas limité. La seule règle à respecter est de faire jouer un certain nombre de joueurs russe à chaque match (le nombre varie selon qu’il s’agit d’un match de championnat ou de coupe). Quoi qu’il en soit, les talents ont émergé et émergent en Russie : Arshavin, Zhirkov, Kerzhakov ou encore Alan Dzagoev. Mais ils pourraient être encore plus nombreux : le recrutement massif de certains clubs barre les joueurs russes issus des équipes de jeunes, notamment au Zenith ou au CSKA Moscou. Le problème qui se pose ici est exactement le même que celui auquel doit faire face l’Angleterre, où moins de 50% des joueurs sont sélectionnables en équipe nationale. C’est n’est donc clairement pas un problème russo-russe.

Au contraire des championnats portugais, italien voire français, le championnat russe ne souffre que sporadiquement de la crise économique qui touche l’Europe aujourd’hui. Si les championnats allemand, anglais et espagnols paraissent encore intouchables sur la scène européenne, c’est loin d’être le cas de leur poursuivant à l’indice UEFA. C’est peut-être là sa meilleur occasion pour gravir encore des échelons et parvenir parmi le top 5 européen. Comme le championnat ukrainien, la Première Ligue tient sans doute là une belle occasion de s’affirmer comme une nouvelle place forte du football européen.

C.B.

Article également publié le 1er novembre 2012 sur Carnet Sport.

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