La Roja et les régionalismes

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Presque 25% de chômage, et bientôt 50% chez les jeunes : l’Espagne est l’un des pays européens les plus durement touchés par la crise actuelle. Alors que les gouvernements successifs semblent ne rien pouvoir changer, le message nationaliste trouve un nouvel écho, particulièrement au Pays Basque, où les partis nationalistes (PNV, droite, et Bildu, gauche) ont très largement dominé les dernières élections, et en Catalogne, où les élections qui se profilent vont sans surprise reconduire à la tête du gouvernement de la Generalitat le parti Convergència i Unió (droite indépendantiste).

Face à cette résurgence du message indépendantiste, et surtout de son écho dans la population, les autorités espagnoles adoptent une ligne ferme : aucune autonomie supplémentaire, et a fortiori aucune indépendance n’est envisageable. Malgré cela, et particulièrement en Catalogne, les indépendantistes assurent vouloir organiser un référendum dont l’issue est plus qu’incertaine pour le gouvernement central de Madrid. Cette question divise profondément la société espagnole, notamment car le succès des indépendantistes catalans s’appuie une interprétation déformée, voire erronée de certaines données (soi-disant ponction de la Catalogne par Madrid, impôts, chômage, …). A côté de ce brouhaha ambiant, qui prend place dans un contexte de plus en plus difficile économiquement de l’autre côté des Pyrénées, plusieurs questions se posent. Parmi elles, l’avenir de l’Espagne sportive, qui rassemble des espagnols de toutes les Communautés Autonomes ou presque. Par conséquent, d’éventuelles indépendances toucheraient durement les équipes, au premier rang desquelles l’une des plus populaires : la Roja, double championne d’Europe et championne du Monde en titre.

La place non négligeable des joueurs basques et catalans en équipe nationale

Dans l’hypothèse où le Royaume d’Espagne imploserait, se serait sans doute la Catalogne et le Pays Basque qui seraient indépendants, notamment car ce sont deux des trois régions les plus riches d’Espagne après Madrid. Commençons par opérer un état des lieux au vu des dernières sélections de Vicente del Bosque. Sur l’année écoulée, 8 joueurs appelés par le sélectionneur espagnol sont nés en Catalogne, et pas des moindres, puisqu’on compte parmi eux Xavi Hernández, Cesc Fàbregas ou encore Gerard Piqué. Nul doute qu’une indépendance de la Catalogne pénaliserait lourdement, au moins à court terme l’équipe espagnole : le remplaçant de joueurs comme ceux évoqués précédemment ne se trouve pas au premier coin de rue, force est de le reconnaître. Le cas basque est sensiblement le même, ou presque. Au cours des 12 derniers moins, ce ne sont pas moins de 8 joueurs basques qui ont été convoqués en équipe nationale. Parmi eux, on compte notamment Fernando Llorente ou encore Javi Martínez, si tant est que l’on considère la Navarre comme partie intégrante du Pays Basque.

Destin gallois ou destin uruguayen ?

A côté de cela, rien s’assure la Catalogne de disposer d’une équipe nationale compétitive, et rien ne dit que le destin qui l’attend n’est pas celui que connaissent le Pays de Galles ou l’Irlande du Nord : des équipes peu compétitives, qui ne disputent que très rarement de compétitions internationales, voire même jamais. A titre d’exemple, les gallois n’ont participé qu’à une Coupe du Monde (1958) et un Euro (1976). A l’instar de la Catalogne, une équipe basque serait grandement affaiblie sur la scène internationale. La présence de quelques joueurs de grande classe n’est pas déterminante dans les qualifications aux grandes compétitions : il suffit d’observer la jurisprudence Giggs pour les gallois, ou Weah concernant le Libéria. Néanmoins, rien ne dit que ce soit plutôt une destinée à l’uruguayenne qui attendent ces régions. Le petit pays sud-américain compte à peine 3,3 millions d’habitants, et pas moins de 2 Coupes du Monde et 15 Copa América ! La Catalogne, avec ses 7 millions d’habitants, et le Pays Basque, avec ses 2 à 3 millions d’habitants selon la délimitation géographique, pourraient, le cas échéant, à moyen terme, mettre sur pied une équipe compétitive capable de participer à un Euro ou à une Coupe du Monde.

Derrière les nationalismes basque et catalan, d’autres, moins importants et vindicatifs existent, notamment en Galice ou dans la région valencienne. Malgré tout, un éclatement généralisé de l’Espagne demeure une idée farfelue, tant l’identité espagnole est forte dans le pays. Il y a fort à parier que ces revendications autonomistes et indépendantistes voient leur audience chuter une fois la crise résolue. Les prochaines élections catalanes, qui auront lieu le 25 novembre, donneront une première idée de l’écho de la cause indépendantiste dans la région. La réaction du gouvernement central de Madrid sera également scrutée. L’avenir de la Roja en dépend assurément.

C.B.

Retrouvez le reste du dossier Football & nationalismes.

Article également publié le 2 décembre 2012 sur Carnet Sport.

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