Carlos Slim, celui qu’on attendait plus

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Ils sont espagnols. Ils sont spécialiste du poste de milieu offensif. Ils jouent les premiers rôles cette saison en Premier League. Santi Cazorla (Arsenal), Juan Mata (Chelsea) et Michu (Swansea) partagent un autre point commun : ils ont été formés au Real Oviedo, club de la capitale de la Principauté des Asturies. Frappé de plein fouet par la crise économique qui touche l’Europe, et la péninsule ibérique tout particulièrement, le club fondé en 1926 était à un doigt de passer la clé sous la porte. C’était sans compter une mobilisation exceptionnelle de ses supporters, notamment via les réseaux sociaux, et Carlos Slim, le multimilliardaire mexicain.

Un sauvetage in extremis

Si le club asturien n’a jamais gagné la Liga malgré ses 38 saisons en première division, le Real Oviedo connaît bien la seconde division espagnole, pour y avoir passé 32 saisons pour 5 titres. La sixième place en Liga arrachée au terme de la saison 1990/1991 est aujourd’hui un vieux souvenir pour un club qui oscille entre la Seconda B (équivalent du National) et la Tercera División (équivalent de la CFA) depuis bientôt 10 ans. Depuis sa relégation de la Liga en 2001, le club a perdu de sa superbe sportive. Mais il n’a pas pour autant perdu ses supporters (plus de 20 000  contre le Real Madrid… C, plus de 18 000 followers sur Twitter), même quand ses adversaires sont des équipes réserves, voire des équipes C, des clubs de Liga. Il aurait pourtant pu tout perdre du fait de sa dette de plus de 2 millions d’euros, énorme pour un club d’un tel niveau. Le 1er novembre, c’est un correspondant du Guardian en Espagne qui tire la sonnette d’alarme via Twitter¹ alors que le club peine à attirer les (petits) investisseurs malgré le lancement d’une opération nommée « SOS Real Oviedo » dans le but de renflouer les caisses du club. Une semaine après le tweet, ce sont plus de 900 000€ qui sont arrivés dans les caisses du club, d’un peu partout dans le monde. La plupart des « investisseurs » n’achète guère plus d’une action (10,75 €), mais le club reprend, à juste titre, espoir. Plus de 5000 personnes, originaires de 41 pays, participent au sauvetage du Real Oviedo. Le Real Madrid va même jusqu’à acheter pour 100 000€ d’actions, qu’il transmet sans contrepartie à la Mairie d’Oviedo. Les anciens joueurs du club se mobilisent également, et de nombreux supporters espagnols, y compris ceux du rival historique, le Sporting Gijón.

Mais c’est finalement l’investissement du magnat des télécommunications mexicain Carlos Slim à hauteur de deux millions d’euros qui sauve définitivement le club. Dans un communiqué, Slim précise qu’il prévoit de développer le centre de formation du club asturien et les échanges avec le football latino-américain en général. Derrière ces déclarations de bonnes intentions, difficile de dire ce qu’envisage de faire le nouvel actionnaire majoritaire. Plusieurs rumeurs ont, par le passé, fait état d’un intérêt certain du mexicain pour le football espagnol, notamment pour Getafe, sans toutefois se concrétiser. Plutôt que d’investir dans un club capable de jouer rapidement les premiers rôles, puisqu’il est évident que l’ambition de Slim est de faire du Real Oviedo un club qui compte en Espagne à moyen-terme, il a donc préféré investir dans un club relativement modeste en termes de résultats sportifs. Nul doute que les fervents supporters du club, et ils sont nombreux, le stade de 30 000 places étant loin d’être vide à chaque match à domicile, seront ravis que le milliardaire aie l’intention de mener le Real Oviedo au sommet. Carlos Slim contrôle désormais près de 35% du capital du club asturien mais a souhaité que le président actuel, Antonio Fidalgo, reste à son poste.

Le marasme économique du football espagnol

Les remerciements se sont multipliés à Oviedo, mais également dans toute l’Espagne, le club comptant de nombreux supporters dans le pays, particulièrement dans la capitale madrilène. Derrière la belle histoire du Real Oviedo se pose la question de la situation économique critique dans laquelle se trouvent nombre de clubs espagnols, et pas seulement dans les divisions inférieures. En effet, les clubs de Liga sont les premiers à souffrir de la conjoncture économique, et plus des deux tiers d’entre eux doivent encore des millions d’euros à l’administration fiscale espagnole. Et pas des moindres, puisque selon des estimations recoupées par As et El Pais émanant du ministère des Finances espagnol, les clubs ayant le plus d’arrières d’impôts à la fin de la saison 2011-2012 sont l’Atlético Madrid (pour 155 millions d’euros) et le FC Barcelone (48 millions). Contrairement à la France, il n’y a pas de l’autre côté des Pyrénées, de Direction National du Contrôle de Gestion (DNCG), instance de la Ligue de Football Professionnel, chargée de surveiller de très près les comptes des clubs professionnels français. La situation économique critique d’un club peut amener la DNCG à contrôler sa masse salariale voire même jusqu’à le rétrograder dans la division inférieure. C’est ce qui est arrivé à Grenoble ou au RC Strasbourg récemment. Pour le moment, il s’agit d’une instance relativement inédite dans le paysage footballistique européen. Le principe d’un contrôle a été approuvé par les clubs transpyrénéens il y a maintenant plus d’un an, mais n’a toujours pas été mis en place. Mais cela pourrait changer au vu de la volonté affichée par l’UEFA de contrôler les déficits des clubs. En Espagne, le déficit fiscal cumulé des clubs de première division s’élevait à 425 millions d’euros la saison passée. Dire que le football espagnol est assis sur une bombe à retardement serait un doux euphémisme.

L’injection massive de capitaux, n’en déplaise à certains en Europe, n’est pas la solution aux problèmes économiques du football espagnol ! L’issue heureuse que connaît le Real Oviedo ne doit pas occulter une réalité qui pourrait bien faire plonger de nombreux clubs en Espagne, au Portugal, en Italie, mais aussi dans toute l’Europe. Le foot-business n’est pas un monde économique à part à l’abri des turbulences. C’est dans cette perspective de « moralisation » de l’économie du football que veut s’inscrire la mise en place du fair-play financier voulu par Michel Platini. Rien ne garantit toutefois que la véritable bulle spéculative du football européen n’explose pas avant, laissant sur le carreau des millions de supporters désabusés.

C.B.

(1) « Le club qui a donné à la Premier League Cazorla, Michu et Mata est menacé de disparition. S’il vous plait, achetez des actions ! » @sidlowe

Image : FreeW0rld/Flickr

Article également publié le 30 novembre 2012 sur Carnet Sport.

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