L’Euro 2020, cette ineptie

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A 8 ans de l’Euro 2020, le comité exécutif de l’UEFA a surpris son monde. Sur une idée de Michel Platini, il a décidé de dire adieu à la formule classique d’un Euro disputé dans un pays ou deux, et a choisi d’organiser une compétition dans toute l’Europe. Plus exactement, elle se déroulera dans plusieurs villes, leur nombre n’étant pas pour le moment arrêté. L’UEFA sonne donc le glas de l’Euro tel qu’on le connaît aujourd’hui. Pourquoi ? Comment ?

L’idée initiale de Platini est louable : ce ne sont plus supporters qui viendraient à l’Euro, mais l’Euro qui viendrait à eux. La belle idée. Derrière, les retombées pour l’UEFA seraient énorme. Quand la compétition est organisée à l’autre bout de l’Europe, il est évident que le nombre de supporters est bien moins important que lorsque la compétition est organisée à domicile. Avec cette organisation, l’UEFA est gagnante sur tous les points : d’un côté, elle permet à un maximum de supporters d’assister à la grand-messe du football européen, de l’autre elle se remplit les poches avec des retombées économiques énormes d’un bout à l’autre de l’Europe. Au total, ce sont 12 à 13 villes qui devraient accueillir l’Euro. En couvrant la majorité des grandes villes européennes, l’UEFA s’assure de la présence d’un nombre très important de supporters, qui se déplaceront bien plus volontiers vers la capitale de leur pays, souvent très bien desservie en termes d’infrastructures de transports, qu’à l’autre bout de l’Europe. L’opération séduction de l’UEFA semble avoir été préparée de la meilleure façon qui soit, en tirant sur la corde sensible. On imagine d’ailleurs déjà très bien le futur slogan, un brin populiste, de l’édition 2020 : « L’Euro vient à vous ». L’UEFA au service des supporters, on y croirait presque. On en verserait presque une larme d’émotion. Presque.

L’UEFA, votre nouveau tour-operator européen

Les questions d’organisations seront les premières à se poser. Combien de participants ? 32, comme pour l’Euro 2016 ? Un retour à 16 équipes comme jusqu’à maintenant paraît hautement improbable tant Michel Platini a fait de la participation des « petites nations » son cheval de bataille – on n’est pas réélu par acclamation pour rien. La phase de qualification devrait logiquement être toujours présente. Avec une différence majeure : aucun pays ne serait déjà qualifié. A moins de qualifier 13 pays d’office, ce qui ressemblerait à une vaste blague. Pour le président de l’UEFA, « il n’est pas question qu’un fan voit jouer son équipe à Cardiff, puis à l’autre bout à Astana et enfin en Suède ». La déclaration d’intention est belle, mais de là à ce qu’elle se réalise, il y a un monde. Comment garantir qu’une équipe ne fera pas un tour d’Europe pour disputer ses matchs ? Il est évident que la déclaration de Platini ne concerne que les matchs du premier tour, de la phase de groupes. Rien ne pourra garantir à une équipe que son huitième de finale ne se déroulera pas à Moscou, quand elle a joué sa phase de poule à Glasgow. Puis ce sera au tour d’un quart à Rome, d’une demi-finale à Copenhague pour finir avec une finale à Istanbul. L’UEFA, votre nouveau tour-operator.

« Pourquoi obliger un pays ou deux pays hôtes à construire 10 stades neufs, des aéroports ? Là, il y aurait un stade par pays, par ville, dans toute l’Europe, ce serait beaucoup plus simple et moins cher ». L’argument de Michel Platini paraît limité. Si organiser un Euro coûte cher, c’est évident, il n’en demeure pas moins que les retombées économiques, à court terme comme à long terme, sont importantes. L’organisation de l’Euro 2012 a permis à l’Ukraine et à la Pologne d’améliorer sensiblement l’état de leurs infrastructures – plus de 1000km d’autoroutes ont été construits en Pologne en vue de l’événement. De plus, l’Euro permet, de manière générale, de montrer une autre image du pays en dehors des frontières, ce que la Pologne a très bien compris. Il est indéniable que les travaux lancés en vue d’accueillir la compétition européenne ont dopé la croissance de l’économie polonaise sur les 3 dernières années. La réalisation de l’ensemble des projets prévus en Pologne a coûté au pays plus de 25 milliards d’euros. On estime que ces investissements ont fait gagner au PIB du pays entre 2 et 3% sur les dernières années, et les retombées devraient encore s’étaler sur les années à venir. De plus, cela a permis à un grand nombre de villes dites secondaires d’être plus connues sur le plan national et continental, avec des retombées touristiques à plus ou moins long terme très importantes. Néanmoins, il est clair que l’organisation d’un tel événement par un pays en difficultés sur le plan économique est loin d’être bénéfique. A titre d’exemple, il est aujourd’hui avéré que l’organisation des Jeux Olympiques par la Grèce en 2004, et surtout la mauvaise gestion de cette organisation, ont favorisé, si ce n’est accentué, la gravité de la situation économique et financière que connaissent les grecs aujourd’hui.

Proche du supporter, mais pas trop quand même

A l’épineuse problématique du choix du pays-hôte succède celle du choix des villes-hôtes. Sur quels critères l’UEFA va-t-elle se baser ? En retenant l’argument majeur de Platini, celui des économies de dépense, il est aisé de comprendre que seules les grandes villes auraient droit à une visite. Au final, seules les capitales et grandes métropoles types Istanbul, Barcelone ou Munich pourraient accueillir la compétition, car disposant déjà des infrastructures. « L’Euro 2020 vient à vous », oui, mais pas trop près non plus, il faudrait voir à ne pas exagérer non plus. La compétition se transformera en voyage organisé dans les grandes capitales européennes. Pour le côté « proche du supporter », on repassera.

Avec cette organisation, les délégations seraient sans doute obligées de voyager dans toute l’Europe dès les huitièmes de finale. La fatigue risque invariablement de s’inviter dans ce beau tableau. A force d’aller-retours, de déplacements et de matchs, les joueurs risquent fort de devoir faire face à une fatigue plus qu’importante. En plus de cette question physique se pose la question de l’organisation pour chaque équipe qualifiée. Avec ce système, les équipes vont devoir sans cesse changer d’hôtel, d’organisation, de terrains d’entraînement : rien qui puisse vraiment favoriser la concentration indispensable aux joueurs. Entre le coût des hôtels, des bus, des avions – parce que personne n’imagine une équipe faire Istanbul-Porto en car – la note risque d’être salée. Les Fédérations, qui ont approuvé à une immense majorité l’idée de Platini (seule la Turquie a voté contre), vont devoir sortir le chéquier.

Avec l’augmentation du nombre d’organisateurs, c’est l’UEFA qui est gagnante sur toute la ligne. En organisant une compétition aux quatre coins de l’Europe, elle s’assure une diffusion maximale, et donc des droits TV exceptionnellement importants. L’élargissement de la compétition à 32 participants en 2016 s’inscrivait déjà dans cette même idée : plus le nombre de pays y prenant part est important, plus le nombre de diffuseurs sera élevé, plus la concurrence sera rude entre eux, et plus le montant de droits de rediffusion grimpera. Le service marketing de l’UEFA peut déjà se frotter les mains, l’Euro 2020 est déjà assuré d’être un succès de son point de vue. Néanmoins, on pourra facilement regretter la mort d’un modèle de compétition qui avait ses preuves, comme le souligne Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA (« Cela détruit l’esprit de la compétition »). En 2020, on pourra crier « L’Euro est mort », mais pourra-t-on rajouter « Vive l’Euro » ?

C.B.

Article également publié le 10 décembre 2012 sur Carnet Sport.

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