Le PSG et le fair-play financier

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Le fair-play financier cher à Michel Platini a fait une première « victime » : Malaga, suspendu 4 ans de toutes les compétitions européennes pour des dettes envers le fisc espagnol et des retards dans le paiement des salaires de ses joueurs. La mise en place du dispositif doit s’échelonner sur les prochaines années, avec des premières sanctions dès la saison 2013-2014. En France, lors qu’il est question du fair-play financier, le PSG revient inévitablement dans la conversation – à tort ou à raison.

Lorsque Qatar Sports Investments a racheté le PSG il y maintenant plus d’un an, l’ambition était claire : en faire un « grand », un club qui compte sur la scène européenne. Bien parti en Ligue des Champions (1er de son groupe) et en Championnat (1er après 19 matchs), le PSG poursuit son chemin. A côté de l’aspect sportif, plusieurs questions se posent quant à l’impact qu’aura la mise en place du fair-play financier par l’UEFA (lire : Fair-play financier, vraiment ?). Si le club francilien n’est pas réellement concerné – sauf retournement totalement inattendu – par la dette fiscale ou les retards de paiement, il en revanche bien concerné par la règle phare du fair-play financier : ne pas dépenser plus que ce que l’on gagne.

Un bilan financier (presque) irréprochable

Au terme de la saison 2011-2012, le PSG a présenté un bilan déficitaire de près de 200 millions d’euros. Une dette abyssale vite renflouée par les propriétaires parisiens, donc rien qui puisse inquiéter le PSG au niveau national : la Direction National du Contrôle de Gestion (DNCG) ne sanctionne que les clubs présentant des bilans déficitaires sans perspective de remboursement immédiat. Son rôle est « d’assurer la pérennité des associations et sociétés sportives, de favoriser le respect de l’équité sportive et de contribuer à la régulation économique des compétitions » (art. L132-2 du Code du sport). Toutefois, ce genre de déficit risque de ne plus passer comme une lettre à La Poste du côté de l’UEFA. A partir de la saison prochaine, les clubs devront présenter un bilan financier irréprochable. Enfin, irréprochable dans l’idéal puisque l’instance européenne tolèrera un déficit de 50 millions d’euros maximum sur 3 saisons. Si tant est que ce déficit soit compensé à 90% par des injections de liquidités de l’actionnaire ou une augmentation du capital du club.

Le président du PSG, Nasser al-Khelaifi, a à plusieurs reprises fait part de son intention d’investir très massivement dans le club parisien au cours des années à venir. Plus précisément, il compte dépenser 500 millions d’euros sur la période 2011-2016 pour améliorer son équipe d’un strict point de vue sportif. Cette amélioration a commencé dès cet été avec les arrivées de Zlatan Ibrahimovic, Thiago Silva et Ezequiel Lavezzi (respectivement contre 20, 46 et 30 millions d’euros). A côté de cela, d’autres investissements massifs concerneront notamment la construction d’un nouveau centre d’entrainement ultramoderne. Pour compenser ces dépenses pharaoniques, le PSG devra diversifier grandement ses ressources, et notamment multiplier les contrats de partenariat, et les sources annexes de revenus, en misant notamment sur le marketing.

Une politique marketing du « gros coup »

Concernant le marketing, la politique de transfert de « stars » s’inscrit dans la même optique, toutes proportions gardées, que celles de Florentino Pérez au Real Madrid. Le recrutement de joueurs comme Luis Figo, Zinédine Zinade, Ronaldo, David Beckham ou plus récemment Cristiano Ronaldo et Kaká s’inscrit dans le cadre d’une perspective de très forte croissance des ventes de maillots, de sorte à ce que le prix exorbitant du transfert soit rapidement remboursé par les retombées très importantes des ventes de maillots et autres produits dérivés. A titre d’exemple, le transfert de Cristiano Ronaldo de Manchester United au Real Madrid en 2009 (94 millions d’euros) aurait été totalement remboursé par les ventes de maillots en moins de deux saisons.

Selon Jean-Claude Blanc, le directeur général du PSG, l’objectif des investissements massifs des propriétaires du PSG est de permettre au club, d’ici à la mise en œuvre totale du fair-play financier, de fonctionner de manière « autosuffisante ». En clair, que les nouvelles dépenses soient entièrement financées par les bénéfices réalisés. On peut néanmoins émettre quelques doutes. Il est très peu probable que les bénéfices éventuels réalisés par le PSG soient, du moins dans un premier temps, à la hauteur de ses énormes dépenses. Il est très peu probable que le bilan financier du club à l’issue de cette saison puisse financer un quelconque transfert d’envergure du type de ceux réalisés jusqu’à maintenant.

Des contrats de sponsoring totalement déconnectés de la réalité

Le PSG est dans l’obligation de trouver d’autres revenus. Selon Le Parisien du 20 décembre, le club serait chargé de promouvoir en France l’image du Qatar. Le petit émirat utiliserait donc le club dans le cadre de sa politique visant à devenir un élément incontournable du paysage sportif mondial. La stratégie du Qatar permettrait au club de toucher des revenus conséquents : on parle d’un contrat qui rapporterait au PSG entre 150 et 200 millions d’euros par an ! De plus, cela permettrait à l’émirat de bénéficier de retombées importantes, notamment en ce qui concerne la perception qu’en auront les populations françaises et européennes. Dans la même optique, le Qatar sponsorise depuis 2011 le maillot du F.C. Barcelone. Cela s’inscrit très clairement dans la politique de développement de son influence en termes de géopolitique : à défaut de peser par son poids politique et militaire, le Qatar s’appuie sur des moyens moins classiques, comme le sport ou la culture.

En plus de ce contrat d’un genre nouveau car totalement inédit dans le monde du football hexagonal, il paraît acquis que le club renégociera à la hausse ses contrats de sponsoring qui arrivent à expiration prochainement. Nike ferait sans doute son maximum pour conserver le club francilien dans sa liste de clients, lui qui perdra à partir de 2014 l’un de ses plus gros vendeurs de maillots, Arsenal (plus de 800 000 unités vendues par an entre 2007 et 2012) passant chez Adidas. Il paraît acquis que le contrat liant le club à Fly Emirates, compagnie aérienne émiratie, ne sera pas renouvelé. En remplacement, il serait question d’un sponsoring émanant de Bank of Qatar, appartenant elle-aussi à la famille princière. Le montant du contrat se chiffrerait à 100 millions d’euros par an. En totale contradiction donc avec les prix du marché, ce qui devrait alerter l’autorité de l’UEFA chargée de contrôler les contrats de sponsoring, qui doivent s’inscrire dans « une logique économique et marketing normale ». A l’heure actuelle, le plus gros contrat du genre concerne Manchester United, qui recevra près de 65 millions d’euros par an de Chevrolet dès la saison prochaine.

La réaction de l’UEFA vis-à-vis des clubs « dépensiers », ces « nouveaux riches » qui veulent se faire une place au soleil, sera évidemment très attendue, et déterminera sans doute l’avenir du fair-play financier. L’instance européenne a les cartes en main pour faire en sorte que sa mesure phare ne soit pas enterrée prématurément.

C.B.

Image : capture d’écran des Guignols de l’Info de Canal+

Article également publié le 2 janvier 2013 sur Carnet Sport.

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