L’épineuse question du football gibraltarien

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Possession britannique depuis le Traité d’Utrecht de 1713, Gibraltar est au cœur d’un conflit territorial récurrent entre le Royaume-Uni et l’Espagne. Tous les prétextes sont bons pour raviver les tensions, depuis l’exploitation des ressources maritimes jusqu’à la reconnaissance internationale d’une équipe de football gibraltarienne. Depuis 1997, la Fédération Gibraltarienne de Football (GFA) est candidate à l’adhésion à la FIFA et à l’UEFA. Logiquement, l’Espagne s’oppose vigoureusement à cette éventualité.

Coup de théâtre le 18 août 2011 : le Tribunal Arbitral du Sport juge la candidature de la GFA recevable de plein droit. En conséquence, l’UEFA a récemment admis provisoirement la GFA en son sein, en attendant le 37ème Congrès qui aura lieu à Londres en mai prochain. Ce Congrès devrait logiquement accepter la GFA comme membre de plein droit. D’ores et déjà, l’équipe gibraltarienne de futsal participe au tour préliminaire de qualification à l’Euro 2014 dans le groupe A (France, Monténégro, Saint-Marin). De même, les équipes gibraltariennes des moins de 17 ans et des moins de 19 ans participeront aux qualifications pour l’Euro U17 et l’Euro U19 de football.

La stricte application de la décision du TAS

Cette adhésion de la GFA est en contradiction avec les principes édictés par l’UEFA elle-même : depuis 2001, l’institution européenne n’accepte que des fédérations représentant des pays reconnus internationalement et membres de l’Organisation des Nations Unies. C’est derrière cette règle que se réfugie l’Union pour refuser les candidatures de la Catalogne ou du Kosovo. Néanmoins, selon Michel Platini, cette règle ne saurait s’appliquer à la GFA puisque sa première candidature est antérieure à la mise en place de cette règle (1997 contre 2001). Il ajoute que l’UEFA est tenue d’appliquer les décisions du TAS, après avoir une première fois rejeté la candidature gibraltarienne en 2007.

Sans surprise, cette adhésion, même provisoire pour le moment, provoque la colère des instances sportives espagnoles dont le Conseil Supérieur des Sports d’Espagne (CSD) et la Fédération Royale Espagnole de Football (RFEF). Derrière, il est évident que le Gouvernement espagnol fait tout son possible pour retarder l’échéance. Le ministre des Sports espagnol, José Ignacio Wert, a déclaré que le Gouvernement « épuiserait tous les recours juridiques » pour s’opposer à l’adhésion définitive de la GFA à l’UEFA. Quand on sait à quel point une équipe de football sert la cause nationale, il est clair que l’existence d’une équipe gibraltarienne de football ne viendrait que contribuer à rendre les revendications espagnoles obsolètes. L’Espagne a bien compris que l’intégration de la GFA à l’UEFA – et donc sa participation aux compétitions continentales – sonnerait le glas de ses ambitions territoriales.

Le football, outil de l’affirmation nationale

Souvent, la constitution d’une équipe nationale a permis aux Etats cherchant à obtenir une reconnaissance internationale de faire progresser leur cause. C’était notamment le cas avec l’équipe mise sur pied par le Front National de Libération algérien en 1958. Pour le président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, alors installé à Tunis, cette équipe nationale « représent[a] à travers ses exhibitions à l’étranger l’image d’un peuple en lutte pour son indépendance ». En 2001, l’un des membres de cette équipe, Rachid Mekloufi expliqua que ces tournées à l’étranger avaient pour but de « faire connaître [leurs] revendications et nouer des relations diplomatiques ». Le football était pour le FLN un des moyens d’obtenir l’indépendance.

En Yougoslavie, des clubs tels le Dinamo Zagreb, l’Etoile Rouge Belgrade ou le FC Pristina ont pu servir, et servent encore des ambitions nationalistes. C’était également le cas en URSS, où le Dynamo Kiev permettrait à l’Ukraine de s’affirmer face à la Russe et à l’Union Soviétique. Toutefois, rien ne dit que la reconnaissance de la GFA soit une première étape vers l’indépendance : depuis maintenant plus d’un siècle, les fédérations du Royaume-Uni existent, et ne préfigurent en rien, jusqu’à maintenant, une séparation des quatre nations. A moins que l’Ecosse n’en décide autrement lors du référendum de 2014…

C.B.

Retrouvez le reste du dossier Football & nationalismes.

Article également publié le 11 janvier 2013 sur Carnet Sport.

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