Tranferts entre clubs anglais : pourquoi sont-ils surévalués ?

Par défaut

Rio Ferdinand, Wayne Rooney, Dimitar Berbatov, Fernando Torres, Ashley Young, Phil Jones, … Autant de joueur ayant fait l’objet d’un transfert entre deux clubs de Premier League. Autre point commun ? Le montant plus que sur-évalué de l’indemnité de transfert : près de 33 millions d’euros pour Ferdinand, 58 millions pour Torres ou encore près de 21 millions pour Phil Jones. Les indemnités versées entre clubs anglais semblent souvent totalement disproportionnées par rapport à la véritable valeur marchande du joueur en question. Comment expliquer cette anomalie ?

Sans dresser un historique complet des mouvements de joueurs d’un club anglais à l’autre, il est évident que les indemnités versées à cette occasion sont grandement exagérées. Comment expliquer que Daniel Sturridge ait coûté plus de 15 millions d’euros à Liverpool alors qu’il est question d’un joueur placardisé à Chelsea depuis le limogeage d’André Villas-Boas en  février dernier. Malgré quelques éclairs – dont ses six mois en prêt à Bolton début 2011 – il n’a jamais été un grand joueur. Sevré ou presque de compétition depuis les Jeux Olympiques (12 apparitions furtives avec Chelsea), il aurait dû mécaniquement voir sa valeur marchande décroitre. Et pourtant, les Reds n’ont pas hésité à miser 15 millions d’euros pour l’attirer du côté de Liverpool.

Le coût de la formation anglaise

Cette surévaluation des transferts n’est pas récente. Certes, il est certain que l’arrivée sur le marché de clubs dépensiers, notamment Chelsea ou Manchester City pour ne pas les nommer, a contribué à faire grimper le montant des indemnités de transfert. Néanmoins, difficile de dire si cela a vraiment eu un impact sur des transferts entre clubs anglais déjà hautement coûteux. A titre d’exemple, lors du mercato de l’été 2003, Chelsea a notamment recruté Claude Makélélé (Real Madrid) et Damien Duff (Blackburn). Le club a chèrement payé les deux joueurs – respectivement 20 et 23 millions d’euros – mais comment expliquer que la valeur du joueur irlandais soit supérieure à celle du français ? Au regard de leurs performances d’alors, difficile d’expliquer comment Damien Duff a pu coûter aussi cher aux Blues.

Autre exemple. En 2004, Arsène Wenger fait signer Robin van Persie en provenance du Feyenord Rotterdam pour un peu moins de 5 millions d’euros. Le néerlandais, âgé de 21 ans, a alors deux saisons à haut niveau dans les jambes (61 matchs, 15 buts). Trois ans plus tard, c’est l’anglais Theo Walcott qui débarque à Arsenal en provenance de Southampton. Estampillé « grand espoir du football anglais », comme bien d’autres avant lui, il aura finalement coûté la bagatelle de 17 millions d’euros (6 millions à la signature plus 11 millions de primes diverses). L’été dernier, c’est Alex Oxlade-Chamberlain qui fait le même trajet pour près de 14,5 millions d’euros. En dehors de leur statut de « grand espoir », ces joueurs n’avaient alors jamais évolué en Premier League, et encore prouvé quoi que ce soit.

Face aux multiples demandes, les clubs anglais n’hésitent pas à faire monter les enchères, quitte à ce que les indemnités demandés paraissent totalement déraisonnables par rapport au niveau réel des joueurs. Les gros clubs payent en réalité la « formation anglaise ». Surfant sur cette vague, les clubs plus modestes, de Premier League ou non, réalisent des bénéfices exceptionnels en termes de ventes de joueurs. Cet hiver, c’est le jeune anglais de Chrystal Palace Wilfried Zaha qui pourrait à son tour faire l’objet d’un tel transfert. Quand Swansea recrute l’espagnol Pablo Hernández, pas vraiment un joueur qu’on pourrait qualifier de novice au haut-niveau, pour 7 millions d’euros, on peut légitimement s’interroger sur le montant de certains transferts, et notamment celui de Sturridge.

La dérégulation totale du marché (anglais) des transferts

Les exemples de cette dérégulation totale du marché des transferts britannique sont multiples. Chelsea a dépensé 58 millions d’euros (!) pour recruter Fernando Torres, un très bon joueur, certes, mais alors en totale parte de vitesse à Liverpool – ce que les mois suivants ont achevé de prouver. Mais l’exemple le plus frappant est celui d’Andy Carroll. Alors à Newcastle, l’attaquant anglais a rallié Liverpool contre 41 millions d’euros. 41 millions pour un joueur n’ayant marqué effectué que 6 mois de très bonne facture avec son club (11 buts en 19 matchs). Il est évident que Newcastle a su jouer de l’intérêt persistant des Reds pour son joueur, et a intelligemment réussi à faire grimper les enchères, profitant du pactole que le club liverpuldien venait de toucher pour le transfert de Fernando Torres. En 44 matchs, l’anglais aura finalement marqué 6 buts en Premier League. 41 millions d’euros, 6 buts, cherchez l’erreur.

Il semble aujourd’hui que les clubs étrangers parviennent progressivement à faire grimper les enchères quand des clubs anglais s’intéressent à leurs joueurs. Chelsea a ainsi dû dépenser pas moins de 40 millions d’euros pour recruter le belge Eden Hazard en provenance du LOSC. Et encore près de 21 millions d’euros pour le brésilien Oscar. Toutefois, ces exemples sont relativement rares, et ne concernent principalement que les « gros » clubs pour qui la dépense n’est pas un problème (Manchester City, Chelsea). Quand Arsenal parvient à recruter Santi Cazorla (Málaga) pour 20 millions d’euros, il n’a fallu pas moins de 15 millions d’euros à Sunderland pour ajouter Steven Fletcher (Wolverhampton) à son effectif. Là encore, la différence de niveau entre les deux joueurs est immense. Et leur valeur marchande ne différerait que de 5 millions d’euros ? Difficile à croire.

Petits arrangements avec le fisc anglais

Un autre élément doit être pris en compte pour expliquer pourquoi les clubs anglais n’hésitent pas, dans leur majorité, à dépenser des millions d’euros pour un joueur : la fiscalité. Ou plus exactement, l’usage que font les clubs de la fiscalité anglaise. Dans une grande enquête, The Independant dévoile l’ampleur du phénomène. Le taux d’imposition moyen des clubs anglais ne serait que de 2%… Parmi les trois mécanismes de contournement évoqués dans l’enquête, un concerne directement les transferts : les indemnités payées au club vendeur peuvent être déduites du montant dû au fisc chaque année que dure le contrat. Rue89 prend l’exemple d’un joueur recruté contre 10 millions de livres (12,3 millions d’euros) pour 5 ans. Le club pourra déduire 2 millions de livres du montant total à payer au fisc la première année, puis 8 millions lors des 4 années suivantes. Parmi de nombreux montages fiscaux (donations,  report de déficit), cette « faille » permet aux clubs de perpétuer ce qu’on appellera « l’anomalie anglaise » en termes de transferts.

A ce titre, le montant relativement dérisoire du montant payé par Chelsea à Newcastle pour le transfert de Demba Ba (9 millions d’euros, montant de sa clause libératoire) semble être condamné à demeurer une exception. Loin de disparaître, l’anomalie anglaise a de fortes chances pour devenir la norme, quels que soient les transferts en question. Comme Arsenal avec Walcott puis Chamberlain, ou Manchester United avec Phil Jones ou Ashley Young, le (futur) talent se paie cher. Le PSG en a fait l’expérience avec Lucas Moura (40 millions d’euros). S’il est indéniable que ces joueurs sont des futurs grands – pourvu pour eux qu’il ne partagent pas de neurone avec Mario Balotelli – il est évident que le montant de ces transferts est exagéré, et participe au même titre que les salaires excessifs de l’augmentation incessante de la « bulle » du football européen.

C.B.

A lire sur les largesses prises par les clubs anglais vi-à-vis du Fisc britannique :

Retrouvez également le dossier consacré au système des transferts : « Réflexions autour des transferts »

Image : Skysports

Article également publié le 8 janvier 2013 sur Carnet Sport.

Publicités

3 réflexions sur “Tranferts entre clubs anglais : pourquoi sont-ils surévalués ?

  1. Tout d’abord, bravo pour ton blog que j’ai eu le temps de parcourir et qui est vraiment super informatif et toujours clair dans tes sources ! Concernant l’article sur la surenchere des indermnites de transferts, je pense que c’est du au phenomene global de la ‘marchandisation des joueurs’, de la loi de l offre et de la demande. Depuis l arret Bosman (1995) et la possibilite pour les joueurs de recruter des joueurs extracommunautaires, le nombre de clubs desireux de s’acheter un top joueur s’est accru, faisant augmenter la valeur marchande du joueur. La Prenier League etant considere comme le plus grand championnat mondial, les clubs vendeurs jouent la surenchere. L’ inflation des salaires ( qui d ailleurs represent parfois plus de la totalite du budget de certains clubs) accompagne les indemnites de transferts + autres primes et droit a l’image exorbitants : plus l’indemnite du transfert est importante, plus logiquement le salaire du joueur sera eleve ( a quelques exceptions pres comme Carroll a Liverpool ou lorsque que le joueur est en fin de contrat avec son club).
    Super analyse en tout cas et desole pour l’absence d’accent le clavier chinois sur lequel j’ecris n’ a pas d’accents..
    Simon

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s