Du dopage ? Quel dopage ?

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« Avant 2006, je travaillais avec tout type de sportifs. Cela pouvait être des footballeurs, des athlètes, des joueurs de tennis, des boxeurs… ». Démantelé en 2006, le réseau de dopage organisé autour d’Eufemiano Fuentes refait parler de lui. Jugé – en compagnie de cinq autres prévenus – devant le tribunal pénal de Madrid, le docteur a déclaré, les 29 et 30 janvier dernier, qu’il ne travaillait pas seulement pour des cyclistes, mais aussi avec des footballeurs. Stupeur ! Vraiment ?

Disposé à répondre aux questions de la juge concernant les noms d’éventuels clubs ou joueurs impliqués, Fuentes n’a pas eu le loisir de répondre. Et pour cause : la magistrate ne le lui a pas demandé ! (« Procès Fuentes : « Je donnerai les noms… si la juge me le demande » ») Malgré cela, les langues commencent à se délier et à donner un sens aux inscriptions mystérieuses retrouvées par les enquêteurs au moment de l’arrestation de Fuestes. « Rsoc » notamment, soudainement rattachée à la Real Sociedad. Iñaki Badiola, son président de 2007 à 2009, a expliqué dans une interview au journal madrilène As que le club aurait au moment des faits (entre 2001 et 2008 selon Badiola) entretenu une « caisse noire » afin de payer des produits dopants, par la suite administré aux joueurs. Pour lui, le lien avec Fuentes peut être fait : « Il se peut parfaitement que Fuentes ait été le pourvoyeur. Nous voulons vérifier que les documents en notre possession coïncident avec ceux de Fuentes, pour plusieurs raisons : premièrement, parce que c’est notre devoir, et ensuite, parce que nous l’avions déjà signalé par une plainte en 2008. De cette manière, ce que nous disions à l’époque serait vérifié ». Badiola ajoute que c’est à Eufemiano Fuentes qu’il appartient de confirmer ces soupçons, ce qu’il n’a à ce jour jamais fait. Evidemment, les déclarations de Badiola sont immédiatement démenties par les actuels dirigeants de la Real, au premier rang desquels son Président de 2001 à 2005, José Luis Astiazaran, qui affirme n’avoir jamais eu connaissance de telles pratiques sous son mandat à la tête du club de San Sebastián. D’anciens joueurs, comme Xabi Alonso, aujourd’hui au Real Madrid, abondent dans le même sens.

Du dopage dans le football ? Jamais, au grand jamais !

Véritable tabou dans le football, le dopage est évidemment présent, comme il l’est dans tous les sports. Il serait absurde de croire que seul le cyclisme est gangréné par ce fléau. Le cyclisme justement, est l’un des rares sports où les autorités compétentes ont pris conscience du problème et mis en place des politiques de lutte adaptées. Le fait que les Armstrong, Landis et autres Vinokourov soient démasqués montrent bien l’efficacité du système, même si celui-ci a évidemment ses failles. Dans le football, personne, que ce soit à la FIFA ou au sein des institutions continentales, ne semble mesurer l’ampleur de la lutte à mener. Comme le souligne Arsène Wenger, « difficile de croire que lors d’une Coupe du monde, quand vous avez 740 joueurs, il n’y ait aucun problème. Pourtant, c’est ce qui arrive à chaque fois ».

Il souligne d’ailleurs le cœur du problème, du moins en Europe : « Les délégués de l’UEFA qui effectuent les contrôles antidopage ne font jamais de tests sanguins ». Et ce alors même que les nouvelles pratiques dopantes (autotransfusions notamment) ne laissent aucune trace à ce niveau, contrairement à d’autres, largement détectables aujourd’hui (EPO). L’entraîneur d’Arsenal préconise à juste titre la mise en place des tests sanguins permettant de véritablement contrôler les pratiques des joueurs et de pouvoir détecter les pratiques dopantes les plus avancées. Il n’est toutefois pas garanti que cela suffise, tant les pratiques dopantes évoluent rapidement. La mise en place d’un passeport biologique pour les joueurs permettrait de lutte efficacement contre le dopage. Ou du moins de traquer plus efficacement les tricheurs plutôt que d’attendre sagement des résultats positifs à des tests urinaires qui n’arriveront jamais ou presque.

« Le football doit sortir des pharmacies »

Le nom de Fuentes restera pour longtemps associé au dopage dans le cyclisme. Pourtant, croire que le football est propre relève de l’absurde. Depuis des décennies, les joueurs dopés sont légion. Depuis l’Allemagne du l’Est – spécialiste omnisports du dopage – jusqu’à la Juventus des années 1990. Il faut se souvenir que la FIFA n’avait aucune relation avec l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) avant la Coupe du Monde 2002 organisé au Japon et en Corée du Sud… Beaucoup ont pu jouer avec les législations nationales, pas toutes identiques concernant le dopage. Ainsi la créatine était-elle autorisée en Italie. Comment s’étonner alors que Zdenek Zeman ne déclare en 1998 que « le football [devait] sortir des pharmacies » ? D’ailleurs, en est-il sorti aujourd’hui ? En 2002, un procès retentissant à lieu à Turin, où de nombreux témoins révèlent l’ampleur avec laquelle la créatine était utilisée la créatine en Italie. La même année, c’est Zinedine Zidane qui avoue avoir pris de la créatine lors de son passage à la Juventus.

En plus de fausser le jeu, le dopage s’avère dans l’immense majorité des cas dangereux pour les joueurs eux-mêmes. Combien de cyclistes sont décédés plusieurs années après avoir pris des produits dopants ? Combien de cancers et autres maladies peuvent être mis en relation avec la prise de ces produits ? Le nombre est sans doute bien plus élevé qu’on ne l’imagine. Par exemple, l’EPO, qui augmente sensiblement le nombre de globules rouges présents dans le sang, peut entraîner des problèmes cardiaques. Inutile de dresser là une liste des effets secondaires entraînés par la prise de produits dopants (lire à ce sujet l’article du Monde, « Dopage : le danger de mort »). Comme le souligne l’article, la chasse aux tricheurs ne doit pas occulter les risques qui sont quotidiennement pris par des milliers de sportifs – professionnels ou amateurs. Quand on pense dopage, on fait généralement le lien avec le haut-niveau, le sport professionnel. Pourtant, c’est bien tout le sport qui est concerné, depuis les athlètes olympiques jusqu’au sportif du dimanche (lire à ce sujet l’article de Rue89, « Le dopage fait maison, jeu dangereux des sportifs amateurs »).

Les législations nationales, pour l’immense majorité d’entre elles, sont très fermes vis-à-vis du dopage – il faut garder à l’esprit que le fait de fournir des produits dopants n’était pas récriminé en Espagne au moment de l’arrestation de Fuentes en 2006, lui-même étant poursuivi pour un délit contre la santé publique… Et pourtant, l’inertie de la FIFA, de l’UEFA et des autres confédérations continentales ne permet pas de lutter efficacement contre le dopage – fût-il organisé ou non – dans le football. Evidemment, s’attaquer de front au problème reviendrait à faire tomber des têtes en grand nombre. Le cyclisme l’a fait. Le football peut-il le faire ? C’est indispensable, mais y sommes-nous seulement prêts ?

C.B.

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Image : EPA (Patrick Seeger)

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