Le football grec face à la crise

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27,2% de la population active au chômage, une récession de 6,4% en 2012, une dette équivalente à près de 190% du PIB : ce n’est un secret pour personne, l’économie grecque est profondément enfoncée dans la crise économique. Aucun secteur n’y échappe, pas même le football. Entre salaires impayés, clubs endettés et sponsors improbables, panorama – non exhaustif – du football grec.

Près des deux tiers des joueurs évoluant dans les championnats grecs voient leurs salaires versés de manière épisodique. Selon une étude de la FIFPro (l’association internationale des associations de footballeurs), publié au début de l’année 2012, un tiers de ces joueurs attendent plus de six mois avant d’être payés. Cela concerne directement les joueurs de nationalité grecque, puisque la majorité des étrangers n’a pas réellement à souffrir d’impayés, comme l’expliquait Ricardo Faty, alors à l’Aris Salonique (il joue aujourd’hui à l’AC Ajaccio) à Rue89 en 2009 : « L’an dernier, vu qu’on faisait un bon parcours en Coupe d’Europe, on était payé régulièrement. Depuis cette année, on commence à sentir la crise. On est payé au compte-goutte. […] Les joueurs grecs sont plus habitués à ça, ils connaissent la situation du club, du pays. Du coup les étrangers sont prioritaires pour les salaires. Deux joueurs sont partis à la FIFA pour casser leur contrat car ils n’étaient pas payés depuis un an ».

Au-delà du problème strictement économique posé par les retards et impayés, ceux-ci font le lit des truqueurs de matchs. Ce sont près de 40 matchs qui auraient été truqués lors de la saison 2009-2010 selon le rapport de l’UEFA. Les sanctions contre les clubs impliqués sont allées de la perte de points à la rétrogradation. Malgré ces mesures, les joueurs victimes de ces retards et impayés constituent sans surprise des cibles de choix pour les organisateurs de matchs truqués. Le problème économique ces versements de salaires devient alors prégnant, et affecte directement l’aspect sportif.

« La crise la plus grave depuis la création du football professionnel grec »

Ces retards et impayés sont évidemment imputables à la mauvaise situation économique des clubs en général. Les recettes dont jouissaient les clubs avant 2008 ont fondu comme neige au soleil. Le très faible montant de revenus a fait dire au vice-président de la Ligue de football grecque qu’il s’agissait de la « crise la plus grave depuis la création du football professionnel » en Grèce. Les deux clubs phares, l’Olympiakos et le Panathinaikos, ne sont pas non plus épargné. Pour faire des économies, le deuxième est allé jusqu’à demander à jouer ses matchs en journée, pour éviter les frais dus à l’éclairage du stade… Certains clubs, comme l’AEK Athènes, durement touché et sérieusement endetté, ont été jusqu’à supprimer les mises au vert d’avant match. L’AEK Athènes justement, a été contraint de diminuer drastiquement sa masse salariale face à sa dette énorme (35 millions d’euros de déficit au début de la saison 2012-2013). C’est d’ailleurs toute la masse salariale globale des clubs grecs qui a chuté : de 90 millions à « seulement » 50 millions d’euros.

Trouver des investisseurs relève du parcours du combattant, et s’avère même parfois être mission impossible. Réduire la dette des clubs s’avère alors bien compliqué, alors que l’UEFA presse les clubs grecs de retrouver l’équilibre le plus vite possible. Pour arriver à l’équilibre, les clubs grecs sont contraints de tailler dans leur masse salariale, et de rogner sur les moindres dépenses, comme les trajets – certains ont définitivement fait une croix sur les avions privés, préférant les bus. Beaucoup de clubs, comme l’Aris Salonique sont en vente. Jusqu’à maintenant, aucun repreneur ne s’est manifesté. A moins d’un improbable retournement de situation (un investisseur étranger ?), les choses ne sont pas prêtes de changer.

Sur le plan sportif, c’est aujourd’hui l’Olympiakos, le club le plus solide financièrement parlant, qui survole le championnat, avec 15 points d’avance sur son dauphin, le PAOK Salonique. Sur la scène européenne en revanche, le club du Pirée n’affiche pas le même niveau de performances : 3ème de son groupe en Ligue des Champions, reversé en Europa League, l’Olympiakos s’est fait sortir sèchement par Levante (3-0, 1-0). Comme le reste de l’économie grecque, le football subit de plein fouet le contrecoup de la crise économique qui affecte le pays depuis maintenant plus de quatre ans. Comme en Espagne – et sans doute de façon encore plus importante – le football souffre, au même titre que le reste de la société. Aujourd’hui, aucun signe ne permet d’annoncer une sortie de crise prochaine, tant économique que sportivement.

C.B.

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