José et le fantôme du baron Del Bosque : le bilan de l’ère Mourinho

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Comme attendu, Florentino Pérez a confirmé ce lundi 20 mai le départ de José Mourinho de son poste d’entraîneur du Real Madrid à la fin de la saison. Entre saison à 100 points, embrouilles avec la presse, demi-finales de Ligue des Champions et division du vestiaire, retour sur les 3 saisons du Special One à la tête de la Maison Blanche.

L’échec de la décima et la question de l’hégémonie barcelonaise

Arrivé en fanfare de l’Inter Milan à l’été 2010, auréolé de son succès en Ligue des Champions face au Bayern Munich (2-0), Mourinho avait une (double) mission bien précise en arrivant du côté de Madrid : gagner la tant attendue décima, la dixième Ligue des Champions du club madrilène, et mettre fin à l’hégémonie nationale – et continentale – du FC Barcelone. Concernant la décima, le constat est rapide : c’est un échec. Si le portugais est parvenu à amener chaque année le Real Madrid en demi-finales, il n’a jamais su trouver la clé d’un accès en finale, terrassé par le Barça (0-2, 1-1) en 2011, éliminé aux tirs aux buts par le Bayern (1-2, 2-1) en 2012, à un souffle de l’exploit contre le Borussia Dortmund (1-4, 2-0) en 2013. Pour autant, il serait trop facile de ne tenir que Mourinho pour responsable de ce relatif échec. Cet échec est tant celui des joueurs et du club que celui du portugais.

Concernant l’hégémonie barcelonaise, le constat est mitigé. En Liga, les premières confrontations ont clairement tourné à l’avantage du Barça (0-5 le 29 novembre 2010, 1-1 le 16 avril 2011, 1-3 le 10 décembre 2011). Depuis, le Real Madrid n’a plus perdu un match de championnat contre son grand rival (2-1 le 21 avril 2012, 2-2 le 7 octobre 2012, 2-1 le 2 mars 2013. En Coupe du Roi, le bilan est globalement positif : malgré une défaite 1-2 (et une élimination) en quart de finale le 18 janvier 2012, le club madrilène n’a perdu aucun match, avec à la clé une victoire finale en 2011 (1-0, a.p.) et une élimination en demi-finale (1-1, 3-1) en 2013. En Ligue des Champions, la seule confrontation directe s’est soldée par une qualification du Barça, en 2011 (2-0, 1-1).

2012-2013 : la saison sans fin

La première saison madrilène de Mourinho s’est achevée à une deuxième place, très loin d’un Barça titré à Wembley en Ligue des Champions. La deuxième saison du portugais est la meilleure : 100 points, 121 buts. Le Real Madrid a littéralement tout écrasé sur son passage, laissant le Barça à 9 points. La troisième saison aurait dû être celle de la consécration, et du titre européen. Il est sera finalement autrement. Après des débuts catastrophiques en championnat, à peine masqués par une victoire en Supercoupe face au Barça (2-3, 2-1), l’équipe ne se hisse sur le podium qu’à l’occasion de sa victoire 5-0 contre le RCD Mallorca lors de la 9ème journée. Il faudra encore attendre la 27ème journée et une victoire 2-1 à Vigo pour voir le Real Madrid dépasser l’Atlético et lui prendre la 2ème place.

Le Real semble ne sortir la tête de l’eau qu’en Ligue des Champions, malgré des difficultés contre le Borussia Dortmund (1-2, 2-2) en phase de poule. Vainqueur de Manchester United puis de Galatasaray, le club madrilène semble bien loin du niveau affiché la saison précédente, notamment défensivement. La demi-finale aller contre le Dortmund (encore) ne fera que le mettre en exergue. Totalement dépassé par un Lewandowski ultra-efficace, bien aidé par un Gundogan omniprésent et constamment aux basques de Xabi Alonso, la Maison Blanche prend l’eau (1-4). Malgré un dernier quart d’heure de folie, impossible de renverser la vapeur au retour (2-0). Dernier espoir de Mourinho, la décima s’envole, et avec elle l’éventualité de le voir rester au club. La défaite affligeante contre l’Atlético Madrid en finale de Coupe du Roi (1-2, a.p.) ne fera que le confirmer.

Presse, dirigeants, joueurs : l’échec relationnel

Cela dit, le sportif n’explique pas tout. Si Mourinho quitte le club par la petite porte, il le doit surtout à l’extra-sportif, à ses relations avec la presse, mais aussi et surtout avec le vestiaire. Globalement, le portugais a bénéficié d’une clémence (relative) de la presse sportive madrilène à son écart – seule la rubrique Sport d’El País réclamait quasi-ouvertement sa destitution dès novembre-décembre 2012. Bien loin de la campagne de dénigrement généralisée qu’avait connu son prédécesseur Manuel Pellegrini de la part de Marca. Des frictions avec les joueurs existaient dès le début, notamment avec les « espagnols », dont, surtout, Iker Casillas et Sergio Ramos. Après avoir à plusieurs reprises mis Ramos sur le banc – parfois avec raison, parfois par excès d’orgueil – Mourinho a finalement décidé de se lancer dans un « combat » avec Iker Casillas.

Iker, sur le banc.

Iker, sur le banc (image rare)

Après l’épisode hautement ridicule de la titularisation d’Antonio Adán – un échec total, notamment à Malaga (défaite 2-3) – le portugais « profite » de la blessure du capitaine madrilène pour recruter Diego López (FC Séville). Auteur de prestations globalement irréprochables, le choix sportif de Mourinho pourrait se comprendre. Toutefois, depuis le retour de blessure de Casillas fin mars 2013, il n’a toujours pas disputé la moindre minute, que ce soit en championnat ou en coupes. Pas la moindre. S’appuyant sur les performances de Diego López, Mourinho justifie tout simplement la mise à l’écart d’un « élément gênant ». D’une fracture du vestiaire, on a finalement assisté, affligés, à un divorce pur et simple entre entraîneur et équipe, matérialisé par le coup de gueule inattendu de Pepe, pointant le manque de respect de Mourinho vis-à-vis de Casillas.

Autre point : Mourinho n’a jamais su, ou plutôt jamais voulu comprendre le fonctionnement du Real Madrid. Habitué à avoir les pleins pouvoirs, il s’est heurté à Jorge Valdano, directeur sportif finalement débarqué en 2011. Il est parvenu à s’installer directement sous les ordres de Florentino Pérez dans l’organigramme, et à influencer les choix de recrutement du président – du jamais vu ! Il a notamment réussi à imposer Modric, alors que Florentino Pérez aurait préféré recruter espagnol, et notamment Santi Cazorla, alors à Malaga.

Le fantôme de Del Bosque

Florentino Pérez justifie l’accord conclu par le club et Mourinho visant à libérer ce dernier de son contrat par la « pression » à laquelle était soumise Mourinho. Evidemment, les attentes madrilènes étaient, et sont encore, énormes. A la Maison Blanche, l’entraîneur a généralement deux obligations : gagner d’abord, et si possible avec un beau jeu. Cette dernière exigence a notamment eu raison de Fabio Capello en 1997 et en 2007. De ce côté-là, Mourinho a finalement convaincu avec un jeu très largement offensif, malgré certaines critiques dont on mesure l’absurdité à l’aune des statistiques : 148 buts en 2010-2011 (dont 102 en Liga, contre 95 au Barça…), 174 en 2011-2012, 153 en 2012-2013.

La pression, Mourinho l’a clairement subie. Pas tant venant de la presse, du club ou des supporters, mais plutôt de lui-même. La presse acerbe ou le club exigeant, Mourinho l’avait connu à Chelsea. En arrivant au Real Madrid, il savait à quoi s’attendre, et savait à quoi il était tenu et quels étaient les objectifs qu’il devait atteindre. Mourinho voulait au moins autant que Florentino Pérez et les madridistas gagner la Ligue des Champions. D’abord pour lui-même, et aussi pour « dépasser » Vicente Del Bosque. Pas assez « sexy » pour Florentino Pérez en 2003, l’espagnol avait quitté le club avec deux Ligues des Champions, deux Ligas, une Supercoupe, une Coupe intercontinentale et une Supercoupe d’Europe. Finalement, Mourinho n’aura pas réussi à faire mieux que l’actuel sélectionneur espagnol, à l’image de tous ceux qui se sont succédé sur le banc depuis 2003.

Tout n’est pas à jeter de ces trois ans passés par Mourinho sur le banc du Real Madrid, loin de là. Si l’échec sportif est globalement loin d’être évident, il est évidemment question d’un échec extrasportif, matérialisé par les tensions au sein de l’équipe, mais aussi au sein du club, institution dont Mourinho n’a pas su prendre la mesure. Mourinho ne serait-il finalement rien d’autre que la 10ème victime du fantôme de Del Bosque, dont les performances de haute volée hantent encore les couloirs du Bernabéu ? Depuis son départ, aucun n’a su ne serait-ce qu’égaler son palmarès, à tel point que Carlo Ancelotti, favori pour succéder à Mourinho, est déjà surnommé par la presse madrilène le « Del Bosque italien ». Enfin un bon présage ?

C.B.

Images : EFE

Article également publié le 21 mai 2013 sur beIN Sport Your Zone.

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