Interdire les transferts, une solution ?

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Plus que jamais décrié, le système des transferts tel que le connaît l’Europe nécessite à coup sûr une réforme d’envergure. Tour à tour, la Commission européenne, la FIFPro ou encore le rapport Braillard, déposé à l’Assemblée Nationale le 3 juillet dernier, se sont penché sur ces indispensables réformes. Certains, et notamment à la FIFPro, vont plus loin et vont jusqu’à proposer une abolition pure et simple des transferts. Serait-ce la bonne solution ?

Le système actuel pose problème à deux égards : d’une part, le nombre et le montant global des transferts ne cessent d’augmenter, et d’autre part, l’inflation des salaires est de plus en plus importante d’année en année. Pour attirer les meilleurs joueurs, les clubs qui ambitionnent d’entrer dans le club fermé des « grands » sont contraints d’offrir des salaires démesurés et de payer des indemnités mirobolantes aux clubs vendeurs, alimentant ainsi une bulle autour du foot-business.

Des alternatives à une interdiction pure et simple

Pour dégonfler cette bulle, certains proposent l’instauration d’une taxe sur les hauts-transferts (« luxury tax »). En clair, il serait question de prélever un pourcentage déterminé sur les indemnités dépassant un plafond fixé. Les sommes récupérées par ce biais seraient ensuite reversées aux autres clubs. Si l’idée peut séduire, elle a cependant des limites : cette taxe concernerait-elle le montant effectivement déboursé ? Ou engloberait-elle également les éventuelles primes ultérieures (nombre de matchs disputés, de buts marqués, de sélections, etc.) ? Il y a fort à parier que les clubs concernés trouveraient aisément un moyen de détourner une telle règle.

Fixer le montant de l’indemnité payée par le club acheteur semble difficile à mettre en place. Il pourrait par exemple s’agir d’un montant équivalent à la totalité des salaires restants à être versés au joueur par le club vendeur. Dans cette hypothèse, cela ne prendrait pas forcément en compte les performances du joueurs : si certains joueurs sont rémunérés à la hauteur de leur véritable influence dans le jeu, d’autres sont « surpayés » ou « sous-payés ». Il faudrait par conséquent imaginer un système permettant de corriger le montant à verser. Le même système peut-être envisagé afin d’indemniser le club de la perte d’un élément très prometteur ou d’un joueur vendant un grand nombre de maillots et produits dérivés en son nom. La mise en place d’un tel dispositif semble toutefois difficile, notamment du fait de la difficulté d’évaluer objectivement la valeur intrinsèque d’un footballeur.

L’interdiction des transferts comme ultime recours ?

L’interdiction des transferts est-elle alors inévitable ? Une telle prohibition ne saurait se suffire à elle-même. Inévitablement, elle appellerait une profonde refonte du système en vigueur concernant les contrats. Visant à rééquilibrer les rapports entre footballeurs et clubs, ainsi qu’à dégonfler la bulle du foot-business, l’interdiction ne peut que s’accompagner de la mise en place de nouvelles règles en matière contractuelle.

Parmi les pistes pouvant être explorées, on trouve notamment l’instauration d’une durée maximale pour tous les contrats signés par des joueurs. Pendant toute l’exécution dudit contrat, ni le joueur ni un club tiers n’auraient la possibilité de négocier un futur transfert. L’objectif est clair : il s’agit de mettre un frein à l’explosion des transferts d’une part, en limitant les possibilités pour les joueurs de changer de club en dehors d’un contrôle strict. D’autre part, cela aurait également pour but de limiter les prolongations de contrat infondées.

Actuellement, beaucoup de joueurs simplement prometteurs ou sortant d’une demi-douzaine de bons matchs se voient proposer par leur club un nouveau contrat assorti d’une belle revalorisation de salaire, dans le but de les retenir et d’éloigner d’éventuels prétendants. Renforcer la stabilité contractuelle éviterait en théorie aux clubs de plonger dans cette spirale loin d’être bénéfique pour leurs finances, plus que jamais dans le rouge (entre 70 et 80 millions d’euros de perte pour les seuls clubs de Ligue 1 en 2012-2013, soit 10 à 20 millions de plus que la saison précédente).

Evidemment, il n’est pas question de revenir au système en vigueur en France notamment entre les débuts du football professionnel et la fin des années 1960. A l’époque, un joueur était considéré comme lié « à vie » (en réalité, jusqu’à la fin de sa carrière) avec le club lui ayant fait signer son premier contrat professionnel. Ce système archaïque est loin d’être la bonne solution. A l’heure actuelle, les footballeurs jouant toute leur carrière pour le même club sont très peu nombreux. Beaucoup ambitionnent de jouer dans un ou plusieurs grands championnats, rendant la fidélité à un club quelque peu utopique.

Trop tard pour agir ?

D’autres mesures doivent être également envisagées, comme la suppression du mercato d’hiver, dont l’utilité reste à démontrer. L’interdiction des transferts poserait également quelques difficultés : que faire du « joker médical », qui permet à un club de recruter un remplaçant à un joueur blessé pour une longue durée ? Les cas restent toutefois limités, et il y a fort à parier que la disparition du joker médical ne changerait pas grand-chose. Les (re)négociations de contrat sont un autre point délicat. A partir de quel moment autoriser clubs et joueurs à (re)négocier les contrats qui les lient ?

Beaucoup attribuent la responsabilité de la situation actuelle à l’arrêt Bosman de 1995. Pour autant, l’apport de cet arrêt reste bien limité dans l’évolution qu’a connue le foot-business.  Il aurait évidemment fallu fixer un cadre et des limites dès 1996, afin d’empêcher en amont les dérives que l’on connaît et que l’on connaitra encore si rien ne change. Le laissez-faire n’est pas une solution. Certains argueront que ce n’est qu’un sport. Certes, mais combien d’emplois dépendent directement et indirectement du football professionnel ?

Interdire les transferts reste à ce jour la solution la plus radicale afin d’éviter le gonflement massif et l’explosion d’une bulle du football. Cette perspective n’enchante que peu d’acteurs, et peut encore être évitée. Pour cela, une profonde réforme du marché des transferts est indispensable, de même qu’une refonte des règles contractuelles dans le football. La réflexion autour de cette question doit concerner tant les instances sportives que sont la FIFA, l’UEFA et les autres confédérations continentales que les instances politiques, qui restent les seuls décisionnaires dans de nombreux domaines.

C.B.

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4 réflexions sur “Interdire les transferts, une solution ?

  1. jAX

    Partie 1 : « Des alternatives à une interdiction pure et simple »

    Comme tu l’avances, prélever une somme sur le transfert en se fiant à des indicateurs comme l’expérience du joueur, son talent ou son potentiel est impossible. Par contre établir une grille serait possible non ? Je pense que si un transfert dépasse une certaine somme (50M€), le club acheteur doit en plus de l’argent du transfert déboursé de l’argent pour régler la taxe de l’UEFA. Exemple : Cavani acheté par le PSG à 64M€. Cette somme va dans les caisses de Naples mais le PSG doit également donné 28M€ (chaque € au-dessus du cap est multiplié par deux : 14×2 = 28) à l’UEFA. Ce qui fait que le PSG s’achète Cavani pour 92M€ au total. Pour être encore plus disuasif, le système pourrait comprendre une graduation (deux € pour un € si le transfert dépasse les 60M€ , à voir).

    Certes ça ne limiterait pas la surcôte des joueurs (je ne parle pas de Cavani ^^) mais les clubs seraient beaucoup moins enclins à réaliser de si gros transferts puisqu’il y aurait cette taxe à assurer. Sans oublier que le FFP oblige les clubs à ne dépenser que ce qu’ils génèrent.

    Partie 2 : « L’interdiction des transferts comme ultime recours ? »

    Pour éviter le sur-payement, le modèle de l’ASSE (dont un lien est visible sur la droite d’ailleurs) est excellent. Par contre, je ne pense pas que les joueurs y soit tellement favorables. Dans ce cas, l’exemple des salaires maximum en sports US est sans doute mieux car non-discutable. Maintenant est-ce qu’il est vraiment applicable je ne sais pas.

    Quoiqu’il en soit interdire les transferts n’est pas une bonne idée et ce pour diverses raisons (financières, tactiques, relationnelles…).

    • En quelques sortes, ça ressemble au salary cap en NBA : si tu payes un joueur au-delà, tu reverses une certaine somme (x2 si je ne me trompe pas) à la Ligue. Je ne suis pas certains que ce genre de taxes change quelque chose : le PSG, City ou Chelsea ne sont pas à 20-30M€ près. Cela n’affecterait réellement que les clubs dont les finances ne sont pas illimitées. Alors certes, le nombre de gros transferts diminuerait, mais pas sûr que cela change quoi que ce soit en volume. Cela dit, ça reste une des solutions les plus réalisables.

      Le modèle de l’ASSE est excellent, le soucis, comme tu le soulignes, c’est que cela n’est envisageable que pour des clubs qui ne sont pas déjà au top. Imposer ça serait vraiment difficile, dans les faits comme en droit. C’est à chaque club de prendre ses responsabilités, de ne pas offrir des salaires exhorbitants (dédicasse à Lyon ou Marseille) sans avoir les moyens de les payer.

      Beaucoup de pistes intéressantes en termes de réformes dans le sport US. En dehors du système de ligues fermées, il y aurait de quoi importer en Europe. En adaptant, évidemment, puisque les systèmes sont vraiment trop éloignés à l’heure actuelle.

      Pour moi, l’interdiction des transferts doit rester le tout dernier recours, autant éviter ça en agissant.

      • jAX

        Même avec le FPF ça n’aurait aucun effet tu penses ?

        Oui, malgré tous les exemples de mauvaises gestions les clubs continuent de vivre au-dessus de leur moyens. Le problème c’est que les clubs sans dette (ou minime) et qui arrivent à être compétitifs ça n’existe pas ou très peu. Arsenal est sans doute le modèle au plus haut niveau mais n’arrive plus à gagner. La Bundesliga devrait y remédier mais ça prendra du temps pour que les autres championnats deviennent aussi forts (exceptés la PL).

        Les sports US sont vraiment très réglementés et c’est très intéressant à voir. Il y a pas mal de choses applicables comme d’autres qui ne peuvent pas l’être bien qu’elles soient très bonnes. Le tout est de comprendre et de s’inspirer pour faire mieux (car tout est perfectible), copier ne serait pas une solution sur la durée.

        Absolument, et même simplement en tant que fan de foot, savoir que ton équipe restera la même pendant 10 ans…

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