Le Deportivo La Corogne, énième symptôme d’un football espagnol en crise

Estadio Riazor
Par défaut

Relégué sportivement en deuxième division à l’issue de la saison 2012-2013, le Deportivo La Corogne aurait pu perdre bien plus. Poursuivi par les joueurs pour impayés de salaires, le club aurait pu tout simplement disparaître. Quand, en France, quelques millions d’euros de dette suffisent à garantir une relégation administrative au club concerné, le club galicien parvient à y échapper, malgré une situation de faillite et une dette qui atteint 156 millions d’euros. Comme un symbole de la crise financière et de gouvernance qui touche le football espagnol.

C’est un scénario digne d’un soap-opéra : les joueurs du club galicien qui avaient lancé une action en justice suite à des impayés ont finalement retiré leur plainte, suite à un accord conclu entre le Depor, ses créances, ses joueurs et le syndicat des joueurs. A 15 minutes près, le club corognais tel qu’on le connaît aujourd’hui disparaissait. Les créanciers du club – des banques, principalement – ont préféré « sauver » provisoirement le club plutôt de le voir disparaître définitivement, près de 7 mois après la déclaration de faillite, dans l’espoir de se faire rembourser à terme.

Une gestion plus que douteuse

Le président du club, Augusto César Lendoiro, perdra prochainement son fauteuil : les créanciers ne lui font absolument pas confiance pour permettre au club de se redresser et de rembourser ses dettes. Une augmentation de capital de l’ordre de 26 millions d’euros interviendra prochainement, ainsi que la désignation d’une nouvelle équipe dirigeante. Le Depor est aujourd’hui loin d’être tiré d’affaire, mais peut d’ores et déjà se concentrer sur la saison sportive à venir.

Cette issue surprend assurément vu de France, quand on sait notamment que Grenoble, Strasbourg ou plus récemment Le Mans ont connu des relégations administratives pour des dettes bien moins massives. C’est là toute la spécificité d’un football espagnol au bord du gouffre, endetté plus que de raison auprès des banques, assureurs et même du fisc espagnol. La relégation administrative du champion d’Espagne 2000 aurait pu constituer un avertissement pour tous ces clubs à la gestion plus qu’hasardeuse.

La question de la gestion du Depor se pose invariablement. Comment expliquer qu’une dette ait pu croître à un tel point ? Que personne ne s’en soit inquiété plus que ça ? Depuis la fin des années 1990, le club galicien vis au dessus de ses moyens, recrutant des joueurs sans en avoir les moyens, grâce au laxisme de la Ligue espagnole. Contrairement à la France, où la Direction Nationale du Contrôle de Gestion suit de très près la situation juridique et économique des clubs professionnels, aucun organe du genre n’existe en Espagne. Si sa création est à l’ordre du jour, c’est encore loin d’être une réalité. Heureusement pour le Depor.

Un football espagnol sans dettes : une utopie ?

Quand le Real Madrid et le FC Barcelone s’endettent auprès des banques grâce à leurs actifs et leurs revenus sans commune mesure, les autres clubs espagnols tentent de suivre le rythme comme ils le peuvent. Résultat, beaucoup d’entre eux ne paient pas à temps leurs impôts et cotisations diverses, quand certains ne paient même plus leurs créanciers privés. La somme due au ministère à l’Etat atteint 690,4 millions d’euros. Au total, la dette cumulée des clubs espagnols s’élève à 4,114 milliards (!) d’euros.  Malgré des réformes à venir et le dévoilement d’un vaste plan pour un football durable, la sortie de crise semble encore bien loin.

La dette des deux géants espagnols n’est pas un problème en soi : l’un et l’autre ont les moyens de rembourser leurs emprunts, à court comme à long terme. Ce n’est malheureusement pas le cas des autres, dont la dette se creuse de plus en plus chaque année, selon les informations communiquées par le Conseil Supérieur des Sports (Consejo Superior de Deportes). Son président, Miguel Cardenas, table sur une réduction de la dette à 3 milliards d’euros en trois ans. Au vu de la situation actuelle et de l’évolution qui semble se profiler, on en est encore très loin.

L’immense majorité des clubs espagnols – de très rares exceptions existent – vis au dessus de ses moyens, sans doute entraînée dans ce cercle vicieux par l’envie de lutter face à des adversaires intouchables. La seule mise en place du fair-play financier au niveau européen ne changera rien à cette situation. La suspension de Malaga par l’UEFA pour cause d’arriérés de salaires n’est qu’une goute d’eau tant ceux-ci sont nombreux. Pour la seule deuxième division, 179 joueurs étaient concernés à la fin de la saison 2012-2013, pour un montant total de près de 1,6 millions d’euros.

La disparition d’équipes comme Salamanque ou Badajoz n’a en rien permis de freiner l’augmentation constante de la dette des clubs. Seul un strict contrôle de la gestion des clubs par une entité indépendante et dotée de pouvoir suffisamment large pourra permettre une purge dont le football espagnol a cruellement besoin, sous peine de sombrer définitivement. Et ni le Real Madrid, le FC Barcelone, ou des victoires de l’endetté Atlético de Madrid en Ligue Europa n’y changeront quelque chose.

C.B.

Image : Flickr/diebmx

Article également publié le 9 août 2013 sur beIN Sport Your Zone.

Advertisements

3 réflexions sur “Le Deportivo La Corogne, énième symptôme d’un football espagnol en crise

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s