Foot-business : qui d’autre que l’Union Européenne pour mettre fin aux dérives ?

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Beaucoup jugent l’arrêt Bosman responsable de toutes les dérives que connaissent aujourd’hui le football européen et son économie. Si les directives, règlements et autres normes européennes sont malheureusement loin de garantir, à l’heure actuelle, un environnement stable et un relatif fair-play entre les clubs européens, accuser l’Union Européenne de tous les maux est plus que simpliste, réducteur et grandement injustifié. Alors que l’UEFA et la FIFA semblent aujourd’hui paralysées et incapable de proposer la moindre réforme d’envergure, ne faudrait-il pas compter sur le droit communautaire afin de faire bouger les lignes dans le football européen ?

Certes, l’arrêt Bosman (lire : L’arrêt Bosman ou comment la justice européenne a changé le visage du football continental) a sa part de responsabilité dans l’état actuel de l’économie du football, totalement dérégulée, et parfois complètement folle. Il semble assez évident que le libéralisme économique, élevé au rang de dogme par les institutions communautaires, n’est pas compatible avec un sport professionnel qui se veut, à minima, équitable. Pour autant, qui mieux que ces institutions est aujourd’hui en mesure d’être à l’origine d’un choc dont le football européen a désespérément besoin ?

Interdire les fonds d’investissement

Comme le rappelait l’inégal Cash Investigation consacré aux dérives du foot-business, voilà maintenant près de 6 ans que l’interdiction des fonds d’investissement dans le football est à l’agenda de l’UEFA. Ces fonds d’investissement, qui rachètent aux clubs des parts des droits sportifs des joueurs, placements bien plus rentables que des banales actions ou obligations par exemple. En Espagne ou au Portugal, la pratique est courante et concerne un nombre important de joueurs (pour plus d’informations, lire Doyen Sports : un fonds d’investissement en Espagne et Falcao : quand le football devient produit financier, de Florent Toniutti sur beIN Sport Your Zone). Ces sociétés n’ont absolument rien à faire dans le football, et il semble que seule une législation européenne harmonisée sur le sujet puisse parvenir à nous en débarrasser. A moins que nous ne souhaitions faire du football un simple divertissement.

L’interdiction des fonds d’investissement dans le football n’est (malheureusement) pas le seul chantier rentrant dans le cadre de la régulation de l’économie du football européen. Puisqu’il est question de rendre l’ensemble des compétitions plus équitable, la problématique d’une harmonisation globale des règles applicables aux clubs professionnels revient inévitablement. Cela concerne la fiscalité (impôts, taxes, prélèvements et autres charges), évidemment. Mais on peut également imaginer étendre certaines mesures déjà en place dans certains championnats à l’ensemble des pays membres de l’UE, soit plus de la moitié des membres de l’UEFA – 33 sur 53 : en plus des 28, l’Ecosse, l’Irlande du Nord, le Pays de Galles, Gibraltar (Royaume-Uni) et les Îles Féroé (Danemark).

Des pistes multiples

Quelles mesures, me direz-vous. On peut, entre autres, évoquer le salary cap et la limitation du nombre du joueur dans un effectif, deux mesures progressivement appliquées en Serie B italienne. Aucun salaire ne peut aujourd’hui dépasser les 300 000€ bruts annuels (des dépassements sont finalement tolérés si le budget salaires n’excède pas 60% de la valeur productive du club). Et à partir de 2014-2015, l’effectif professionnel sera limité à 20 joueurs (argumentation développée notamment dans les articles suivants : L’exception monégasque, le problème majeur du football français ? et L’impossible création d’une Ligue Européenne de Football).

On peut également penser à la création d’un organe véritablement indépendant, tant des clubs que des ligues nationales ou de l’UEFA, ayant pour vocation de contrôler les comptes des clubs, via des audits annuels ainsi que des « contrôles surprises ». Si l’on attend que chaque fédération crée sa propre DNCG, ce sont des centaines de milliards de mètres cubes d’eau qui auront coulé sous les ponts. Enfin, on est également en droit d’attendre une harmonisation (et un durcissement) des réglementations ayant trait aux agents.

L’Union Européenne, dernier recours face à l’inaction

Quoi que décident l’UEFA ou la FIFA concernant une hypothétique régulation de l’économie du football européen, cela sera toujours subordonné aux normes européennes édictées au niveau communautaire. Si ces (con)fédérations se décident enfin à agir, il se pourrait bien que toute initiative se heurte finalement au droit européen qui, en l’état, limiterait grandement l’effectivité d’une régulation. Ce qui, au passage, servirait d’argument aux partisans d’un statut quo. Par conséquent, si action il doit y avoir, celle-ci ne pourra, si elle se veut durable et pérenne, qu’être initié par les institutions européennes.

Pourquoi les institutions européennes ? Ne sont-elles pas déjà suffisamment occupées avec la crise que connaît actuellement l’Europe ? Pourquoi le sport professionnel devrait être une priorité ? Peut-être parce qu’il est question d’un secteur d’activité qui brasse des milliards d’euros chaque année et emploie des millions de personnes. Il s’agit (peut-être ?) d’une raison suffisante. Non, le football n’est pas qu’un sport, c’est aussi un pan important de l’économie. Pan qui, comme d’autres, nécessite une intervention, une régulation que seule l’Union Européenne a le pouvoir d’imposer.

C.B.

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