Florentino Pérez, épisode 3 : le business à tout prix

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Le nom de Florentino Pérez est aujourd’hui indissociable du Real Madrid, qu’il préside depuis 2009, après un premier passage entre 2000 et 2006. Entre succès, échecs et polémique, retour sur le Real Madrid version Pérez. Troisième et dernier épisode, le business à tout prix.

Puisqu’il est ici question de business, la première donnée à évaluer quant aux mandats de Florentino Pérez à la tête du Real Madrid est son chiffre d’affaire. Ce chiffre d’affaire n’a cessé d’augmenter, jusqu’à atteindre 512,6 millions d’euros pour 2011-2012 (chiffres Deloitte). Depuis maintenant 13 ans, les recettes du Real n’ont jamais diminué d’une année sur l’autre de telle sorte qu’il est désormais question de bénéfices (24,2 millions d’euros pour 2011-2012). Pour autant, le bilan de Florentino Pérez en termes financiers ne se résume pas à ces chiffres, malheureusement pour lui serait-on tenté de dire. Entre 2000 et 2012, la dette du club aurait augmenté de près de 50% (de 270 à 590 millions d’euros), malgré un infléchissement ces dernières années.

Le mystère de la dette et l’explosion du chiffre d’affaire

Sur cette question, difficile de trouver des chiffres fiables tant la dette du Real Madrid reste un secret bien gardé : alors que les dettes de tous les autres clubs espagnols sont rendues publiques, les autorités se refusent toujours à communiquer le montant officiel de celles du club madrilène et de son rival du FC Barcelona. Silence radio. Le fait que les deux ne soient pas (encore ?) des sociétés anonymes leur permet également de ne pas apparaître dans certaines données communiquées notamment par le Conseil Supérieur des Sports, qui ne prend en compte que les clubs professionnels détenus par des investisseurs et non des socios.

Chiffre d'affaire Real

Données : cabinet Deloitte

A chaque fois qu’il en a l’occasion, Florentino Pérez ne manque pas de rappeler son bilan en termes de chiffre d’affaire. Oui, le Real Madrid a été le premier club, tous sports confondus, à attendre les 500 millions d’euros de chiffres d’affaire. C’est bien simple, depuis 2000-2001, il est question d’une augmentation de 374,4 millions d’euros, passant de 138,2 à 512,6 millions. Les raisons de cette augmentation sont multiples : droits de retransmission télévisée en hausse constante, revenus issus du marketing ayant explosé, mais aussi lucratives tournées aux Etats-Unis ou en Chine.

La chimère de la modernisation du stade

Ce chiffre d’affaire permet justement à Florentino Pérez de faire rêver les socios avec des projets totalement mégalos. Lors de son élection en 2000, outre la réduction de la dette, il avait également promis aux socios la vente du centre d’entraînement et la construction d’un centre flambant neuf à Valdebebas. Promesse tenue. L’une des rares. Pour sa réélection en 2004, il voit les choses en grand et promet de restructurer le stade Santiago-Bernabéu pour en faire « le meilleur stade du XXIème siècle », notamment via l’ajout d’un toit, pour un coût total estimé alors à 25 millions d’euros.

Histoire de noyer le poisson, Florentino Pérez n’hésite à rappeler à tout le monde qu’il a tenu une autre promesse : celle ne pas changer de stade, insistant notamment sur les travaux qu’il a fait réaliser entre 2000 et 2005 (loges VIP à foison, escalators, chauffage central et rénovations diverses). En 2006, il n’hésite à pas déclarer : « la modernisation du stade est inévitable ». Et pourtant, 7 ans après, toujours rien. En 2010, il revient sur le sujet en déclarant le stade aurait bientôt un toit.

Disneyland Real Madrid

Mais c’est véritablement à partir de 2012 que le sujet revient sur la table. Il y a quelques semaines, après le dévoilement quelques mois plus tôt des projets de modernisation retenus, tout s’accélère. Il n’est désormais plus question de couvrir le stade, mais de le moderniser entièrement, comme s’il s’agissait d’une ruine à l’heure actuelle… Le coût global des travaux est aujourd’hui estimé à 400 millions d’euros. 400 millions, oui, mais pour quoi faire ? Couvrir le stade, d’abord, mais aussi le transformer en véritable machine à fric. Hôtel, restaurant, centre commercial : bienvenue à Disneyland. Les oppositions (élus, riverains) sont cependant nombreuses, et le projet, qui prévoyait un début des travaux pour juin 2013, est repoussé.

Les quatre projets de remodelage du stade présentés aux socios

Les quatre projets de remodelage du stade présentés aux socios

Le remodelage du Bernabéu est loin d’être le seul projet mégalo de Florentino Pérez. En 2000, déjà, il avait proposé la création d’un parc d’attraction sur le site de Valdebebas, comprenant notamment des restaurants, ainsi qu’une salle destinée à accueillir les rencontres de la section basket-ball du club, des salles de réunions, de conférences, une piscine, des cours de tennis… Axant son plan autour des « familles madrilènes » et touristes à qui cela bénéficierait, Florentino Pérez l’a ressorti des cartons en 2005, évoquant notamment la création de « Disneyland Real Madrid » sur le site, mais également à Miami et Pékin. 8 ans ont maintenant passé, et Valdebebas ne compte rien d’autre qu’un centre d’entraînement et le stade Alfredo di Stefano, celui du Real Madrid Castilla. Heureusement, serait-on tentés de dire.

Real Madrid Resort et naming

Cela ne s’arrête pas là. Quand les perspectives de gagner de l’argent ne sont pas loin, les idées foisonnent. En mars 2012, Florentino Pérez convoque la presse et dévoile son tout dernier projet : le Real Madrid Resort, aux Emirats Arabes Unis. De quoi est-il question ? D’un vaste complexe de loisirs, construit sur une île artificielle (qui n’existe pas pour le moment), avec stade ouvert sur la mer, musée, hôtels de luxe, port, résidences de haut standing, etc. etc. Au total, il s’agit d’investir près d’un milliard de dollars. Des grandes annonces, et même une modification du logo du club qui sera présent partout là-bas pour ne pas froisser les Emiratis (disparition de la croix catholique sur la couronne surplombant le logo), et puis plus rien. Prévu pour 2015, le projet est repoussé sine die suite à la défection des investisseurs.

Le projet pharaonique de Real Madrid Resort aux EAU

Le projet pharaonique de Real Madrid Resort aux EAU

Mais la recherche de recettes ne s’arrête pas là, puisque l’entreprise qui financera les travaux de refondation du stade (1) verra son nom accolé à celui de Santiago Bernabéu. Oui, vous avez bien lu, le Real Madrid pourrait avoir recours au naming, prostituant l’un des noms les plus importants de l’histoire du club. Malgré ses recettes énormes, le projet de Florentino Pérez, approuvé par la Mairie, est pharaonique et son coût ne saurait être assumé uniquement par le club, qui n’entend nullement se serrer la ceinture comme a pu le faire Arsenal, ou comme le fait l’Olympique Lyonnais. Non, le club entend garder le même train de vie, s’endettant un peu plus (des émissions d’obligations sont envisagées), ou vendant une partie de son histoire aux investisseurs.

Une gestion enfin discutée ?

La gestion de Florentino Pérez, en apparence excellente, ne fait en réalité par l’unanimité au club. Relayé par As dans son édition papier du 21 septembre dernier, l’initiative d’un socio, Rafael Martinez Campillo est loin de faire sourire l’omnipotent président : il est à l’origine d’un manifeste, signé par 110 socios ayant un pouvoir de vote (socios compromisarios) réclamant une véritable participation des socios, sympathisants et groupes de supporters au projet sportif et social du club. « Il n’y a pas de débat, ils ne veulent que deux types de socios : ceux qui applaudissent et ceux qui gouvernent ».

Il évoque également l’un des serpents de mer du madridisme : la transformation du club en société anonyme. Transformation qui revient régulièrement au centre des discussions sans, jusqu’à maintenant, se concrétiser. Il s’agirait là aussi d’un autre pan de l’histoire madridiste qui disparaîtrait avec les socios. Une éventualité contre laquelle beaucoup entendre se battre « bec et ongles », comme Rafael Martinez Campillo. Une éventualité qui pourrait devenir réalité si la réduction de la dette ne devient pas l’objectif numéro un des dirigeants.

Cette dette, qui est tant celle des années Pérez que celle issue des mandats de Lorenzo Sanz et Ramon Calderon, pourrait à terme poser problème. Comme l’explique l’économiste José Maria Gay de Liébana dans une interview accordée au quotidien As, l’énormité du passif du Real Madrid (2) pourrait pousser le club à se tourner vers des investisseurs afin de remplir ses engagements financiers après des banques (un peu moins du ¼ de la dette totale) et autres investisseurs. Autre conséquence que souligne Gay de Liébana : la question des dettes pourrait également remettre en cause l’ensemble du système propre à certains clubs espagnols qui veut que les socios possèdent le club (cela concerne également le FC Barcelone, l’Athletic Club Bilbao et Osasuna). Comment justifier les différences de traitement dont bénéficient ces clubs notamment en termes de gestion vis-à-vis des autres clubs ? Cette rupture d’égalité pourrait, toujours selon l’économiste espagnol, pousser la Commission européenne à agir en demandant des comptes au Gouvernement espagnol.

Une décennie après la première accession à la présidence de Florentino Pérez, le Real a incontestablement changé de dimension, abandonnant au passé ses déboires sportifs du milieu des années 1990. Economiquement, le club est devenu une véritable machine à fric, générant chaque année un chiffre d’affaire plus important. Le développement à outrance de l’économique est un choix clair et assumé de la présidence, qui s’avère payant si l’on s’en tient aux chiffres. L’institution qu’est le club est définitivement devenue une entreprise prête à oublier ses racines.

C.B.

(1) Le remodelage que connaîtra le Bernabéu vise à transformer le stade en une salle de spectacle, contribuant à ce que les spectateurs consomment encore et toujours plus en regardant plus ou moins le match qui se déroule sous leurs yeux. Cité par El Pais, Enrique Uriel, directeur du service technologique du club l’explique clairement : « aux Etats-Unis, un spectateur dépense en moyenne plus de 10€ lors d’un match. Dans nos stades, cette moyenne est de 80 centimes ». L’objectif est clair : donner envie au spectateur de consommer toujours plus.

(2) La dette du Real Madrid est à l’heure actuelle, selon les chiffres communiqués par le club lui-même, de 541 millions d’euros, soit 49 millions d’euros de moins que la saison précédente. Pour autant, cette réduction de la dette ne doit nous tromper : alors qu’il était ses dernières années question d’une croissance du chiffre d’affaire oscillant autour des 10% annuels, il ne s’agit plus que d’une croissance de 1% pour la saison 2012-2013 par rapport à l’exercice précédent. Cela s’explique, selon José Maria Gay de Liébara, par la crise économique d’une part, d’autre part par le fait que le chiffre d’affaire atteint en quelque sorte un plafond. Les droits TV (160M€ pour cette saison) ne pourront pas plus augmenter, de même que les revenus issus des ventes marketings ont, pour la première fois depuis quelques années, diminué (160 contre 162 millions d’euros la saison dernière). La crise a également réduit les recettes tirées de l’exploitation du Santiago-Bernabéu. Sans doute une explication à l’obsession de Florentino Pérez pour le remodelage du Bernabéu évoqué dans l’article.

A lire également sur le sujet :

Retrouvez les deux autres articles de cette série consacrée à Florentino Pérez ici.

 

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2 réflexions sur “Florentino Pérez, épisode 3 : le business à tout prix

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