Fair-play financier : un instrument insuffisant et partiellement inadapté

Par défaut

Le fair-play financier, inutile d’y revenir (lire : « Fair-play financier, vraiment ? » et « Le PSG et le fair-play financier »), est la mesure phare de l’UEFA. L’idée de base est relativement simple : « ne pas dépenser plus que l’on ne gagne » – pour résumer rapidement. Inévitablement, ce sont les clubs qui cherchent par tous les moyens à rentrer dans le club fermé des « grands » qui ont le plus flirté avec les limites établies par le règlement de l’UEFA relatif au fair-play financier. Sans surprise donc, le PSG et Manchester City notamment font partie du groupe des clubs visés par des sanctions des instances du football européen. Ces sanctions sont la conséquence des grosses dépenses réalisées par ces clubs, qui ne disposent – pas encore ? – de revenus leur permettent d’équilibrer leur budget qui se retrouve assez logiquement en déficit lorsqu’on exclut les apports des actionnaires.

Déficits, dettes : les lacunes du fair-play financier

Sans rentrer réellement dans le détail, le déficit des clubs est la cible principale du fair-play financier, le cheval de bataille de Michel Platini. Le concept de déficit budgétaire mérite peut-être une explication. Comme chacun sait, il s’agit de la situation comptable dans laquelle se trouve une entreprise, ou ici un club professionnel, dont les dépenses sont supérieures à ses recettes sur une période donnée (ici, la saison sportive). Lorsqu’on évoque le fair-play financier, particulièrement avec des supporters du PSG – faîtes le test chez vous ! –, la question de l’endettement de certains « grands » revient inévitablement sur le tapis. Quel rapport me direz-vous ? Les deux concepts sont évidemment liés, puisque le déficit répété sur plusieurs exercices comptables amène en toute logique le club concerné à s’endetter pour faire face à ses frais courants.

La dette des clubs, elle, n’est pas dans le viseur de l’UEFA. Du moins elle n’est pas concernée directement par le fair-play financier. D’où les critiques répétées à l’encontre de celui-ci, citant au hasard les dettes du Real Madrid, du FC Barcelone, de l’Atlético Madrid ou encore de Manchester City. Contrairement à la France où la DNCG contrôle strictement les comptes de clubs – peu importe que l’argent visant à combler un déficit soit injecté par l’actionnaire ou qu’il soit issu des recettes du club – les clubs espagnols notamment ne bénéficient pas de ce genre de garde-fous. D’aucuns argueront que l’absence de contrôle des dettes dans le cadre du fair-play financier est de nature à garantir encore un peu plus l’hégémonie des « grands » déjà établie. C’est sans doute la principale faiblesse du projet cher à Michel Platini qui, s’il se veut vertueux et part indéniablement d’une bonne idée, se trouve être relativement incomplet.

Comment pourrait-on l’améliorer ? La piste de « réforme » la plus logique mène évidemment à la question des dettes. Peut-on envisager de punir les clubs endettés au même titre que ceux qui masquent artificiellement leur déficit grâce à la fortune de leur propriétaire ? Si oui, comment ? Doit-on punir les clubs endettés ou bien les inciter par diverses mesures incitatives (des sanctions en langage moins « langue de bois ») à réduire le montant de cette dette, qui attend pour certains les centaines de millions d’euros ? Quelles mesures ? On peut par exemple imaginer un encadrement progressif de la masse salariale, accompagné d’une obligation de réduire la dette d’un pourcentage fixe chaque année sous peine de sanctions plus sévères (strict encadrement de la masse salariale, interdiction de recrutement).

La question des sanctions : flou et incompréhension

Les sanctions infligées notamment au PSG et à Manchester City ont au moins eu le mérite de lever le voile dans l’éventail dont dispose l’UEFA lorsqu’il est question de faire respecter ses règlements. Parmi ces sanctions, on retrouve donc : une amende de 60 millions d’euros (dont 40 millions avec sursis), la limitation du nombre de joueurs inscrit en Ligue des Champions à 21 (au lieu de 25), un encadrement de la masse salariale (qui ne pourra excéder les 230 millions d’euros pour le PSG), une obligation de ne présenter de déficit supérieur à 30 millions d’euros sur l’exercice 2014-2015, impossibilité de recruter plus d’un joueur si le nombre de joueurs sous contrat ne diminue pas.

Si certaines sanctions peuvent paraître logiques (encadrement de la masse salariales), d’autres (notamment la limitation du nombre de joueurs inscrit en LDC) paraissent totalement exagérées et sans intérêt : pourquoi limiter les possibilités sportives du PSG ? Il est évident que ces clubs méritent une sanction puisqu’ils ont délibérément enfreint les règlements de l’UEFA. Pour autant, il semble indispensable que de telles sanctions soient justifiées tant par le droit que par leur éventuelle efficacité. La limitation du nombre de joueur en LDC n’aura pour conséquence qu’un affaiblissement sportif du club de la capitale, de nature à renforcer un peu plus la défiance à l’encontre de l’UEFA.

Nul besoin de recourir à des sanctions injustes de ce type afin de faire respecter les règlements votés et appliqués par l’instance dirigeante du football européen. Outre le fait que ces sanctions puissent être considérées comme difficilement justifiables sur le plan de l’équité chère à l’UEFA, elles courent également le risque d’être hautement improductives et de décourager tous ces clubs pouvant à terme – c’est là tout le sens du fair-play financier selon moi : promouvoir une croissance continue et durable de ces clubs – intégrer les « grands ». Si ces clubs ne posent aucun problème économique parlant – ce qu’expliquait très justement Bastien Drut dans sa tribune sur le site du Plus-Le Nouvel Obs – ils sont loin d’être moralement (et légalement au regard des règlements en vigueur) irréprochables au moment où l’UEFA joue son va-tout en tentant de garantir tant bien que mal et relativement l’équité sportive de ses compétitions.

Dans ce sens, et à moins qu’une grande réforme du fonctionnement du football européen n’intervienne – voir plus bas – des sanctions telles qu’un encadrement de la masse salariale ou des limitations en termes de recrutement semble suffire amplement lorsqu’il est question de punir un club ne respectant pas les règles du fair-play financier. Pour que l’on puisse réellement parler de fair-play, des sanctions de nature à affaiblir directement le potentiel sportif d’une équipe sont purement et simplement à proscrire.

Le fair-play financier est loin d’être suffisant, ce n’est une surprise pour personne, on l’a déjà évoqué plus haut. Pour autant, une simple réforme comme envisagé précédemment peut-elle suffire ? Tout dépend de la conception que l’on a du football. D’aucuns défendront les libertés des clubs à dépenser plus ou moins leur argent comme bon leur semble, comme le ferait n’importe quelle entreprise. D’autres – dont je suis – refuseront de considérer les clubs professionnels comme des entreprises « comme les autres ». Il me semble spécialement dangereux pour l’équité sportive notamment de mettre clubs et entreprises sur un pied d’égalité, de les aborder sous le même angle d’étude. S’il peut parfois sembler nécessaire d’encadrer les pratiques de certaines entreprises au regard du droit, il apparaît indispensable à mes yeux de contrôler strictement le milieu du football, et particulièrement son économie.

Mais alors, quel contrôle ? A l’heure où le marché – et particulièrement celui relatif aux salaires de joueurs des principaux championnats européens – semble gravement déréglé, un encadrement systématique de la masse salariale des clubs peut apparaitre indispensable. Evidemment, il n’est pas question de « fliquer » les clubs à chaque recrutement. Il serait plutôt question d’un système proche du salary cap en vigueur dans les ligues professionnelles nord-américaines. Loin de moi l’idée de pousser à la création de ligues fermées en Europe (lire : « L’impossible création d’une Ligue Européenne de Football »). Il s’agirait plutôt de fixer à chaque club un plafond maximal à ne pas dépasser. Bien évidemment, afin de garantir l’équité sportive, un tel plafond ne s’intéresserait qu’aux dépenses nettes des clubs en termes de salaires puisque les disparités relatives à la fiscalité du travail notamment ne sont pas prêtes de converger en Europe. Un tel dispositif permettrait à tous les clubs, qu’ils soient originaires d’un paradis fiscal ou non, de partir du même point.

Les clubs seraient libres de payer leurs joueurs comme ils l’entendent, pourvu que le montant cumulé des salaires ne dépasse pas le plafond fixé en amont par l’UEFA. On peut également imaginer que les payes des joueurs ne puissent pas non plus dépasser individuellement un certain montant. Evidemment, cela implique de mettre en place des règles strictes afin que les clubs ne contournent pas les règles en faisant par exemple reposer une partie du salaire d’un ou plusieurs joueurs sur un sponsor. Que faire en cas de dépassement du plafond ? Plusieurs solutions sont envisageables. Une amende égale au triple (ou plus) du dépassement est l’une d’elle. Pour autant, cela pourrait être inefficace puisque les clubs pouvant être à même de dépasser les limites seraient sans doute ceux bénéficiant de moyens financiers illimités. Autre possibilité : l’exclusion pure et simple des compétitions européennes. Si cette éventualité s’avère sévère, elle n’en demeure pas moins la seule à même de donner des résultats, aucun club ne pouvant décemment se passer de l’exposition médiatique offerte – particulièrement lorsqu’il est question de Ligue des Champions.

C.B.

Publicités

Une réflexion sur “Fair-play financier : un instrument insuffisant et partiellement inadapté

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s