Le crépuscule d’un Saint ?

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24 mai 2014, en larmes, il comprend que ce trophée qui le fuit depuis maintenant 12 ans est quasiment acquis. Ce but de son latéral brésilien scelle définitivement la victoire de son club, éternel prétendant au titre et abonné aux déceptions depuis une décennie. Le quatrième but ne sera qu’anecdotique, tant l’adversaire semblait alors K.O. Après presque deux ans au purgatoire, il retrouve enfin les sommets, dans cette compétition qui lui a tout donné, ou presque.

Un an plus tôt, ces mêmes larmes au soir d’une insuffisante victoire au bout du suspense contre un rival allemand. Les mêmes larmes, mais un contexte différent pour celui qui est abonné au banc de touche depuis maintenant presque six mois. Abonné aux victoires depuis bientôt cinq ans, il se retrouve étranger dans le club de son cœur. Auréolé par des titres multiples, habitués des podiums et des remises de récompenses tant avec son club qu’avec son équipe nationale, le voilà qui passe 90 minutes par semaine sur un banc, à observer un rival souvent irréprochable prendre place dans les bois.

En juillet, tout semble s’éclairer à nouveau, il a enfin une chance de retrouver son poste. L’italien a remplacé le portugais. Peut-être enfin une ouverture. Ce ne sera qu’une porte entrouverte. Les Coupes deviennent son occupation entre deux matchs de championnats vus depuis le banc. Au bout, ce sont deux trophées, comme un symbole. Lui, l’idole de tout un stade retrouve peu à peu ses sensations et ses heures de gloires. Jusqu’à cette sortie ratée, hasardeuse un soir de mai. Pendant presque une heure, il est persuadé d’avoir fait perdre cette finale à son club. Jusqu’à ce coup de tête de son compère andalou. Le sauveur est (encore) au rendez-vous. Puis viennent les prolongations, la fatigue, les trois buts et enfin, la délivrance, le coup de sifflet final.

Le triple Ballon d’Or remet (encore) un trophée au meilleur gardien du monde selon l’IFFHS en 2008, 2009, 2010, 2011 et 2012. Une habitude. Troisième édition d’une scène désormais rodée. En 2008 et 2012, déjà, deux Euros nous avaient présenté les mêmes protagonistes au bout d’un match remporté par les espagnols. Entre les deux, un autre trophée, remis par un autre, un suisse. Deux Euros, un Mondial, peu peuvent se targuer d’avoir remporté autant en si peu de temps. Ajoutés aux deux Ligues des Champions, aux cinq Ligas, aux deux coupes, et ces supercoupes, nul doute que cela remplit une armoire à trophées. Une armoire à laquelle il manquera ce trophée qu’il aurait mérité (lire : Pourquoi Iker Casillas doit gagner le Ballon d’Or)

Plus d’une décennie à très haut niveau pour quoi ? Finir par cirer un banc, aussi confortable soit-il ? Non. Il ne peut s’y résigner. Cette victoire en Ligue des Champions a fini par le combler, lui qui semblait n’attendre que ça. A tel point qu’à l’attendre, nul besoin de remonter sur le toit du Monde au Brésil, il y est déjà. Arrivé avec des certitudes chez le quintuple champion du monde, ils sont persuadés de passer le premier tour et, qui sait, de rééditer la performance de 2010. Il n’en sera rien, incapables de se renouveler, coincés par un système impossible à mettre à jour, ils sombrent. Deux fois. Et prendront le premier avion pour Madrid.

Loin d’être irréprochable, il est même l’un des responsables de cet échec. Il semble perdu sur le terrain comme à l’entraînement, où sa détresse n’a d’égale que celle de son sélectionneur. Il sent peut-être que c’est là son dernier Mondial, lui qui détient désormais le record du nombre de matchs disputés en phases finales.  Est-ce le crépuscule de sa carrière internationale ? Ne verra-t-on plus ses arrêts-réflexe qui ont forgé sa réputation lors de matchs internationaux ? L’heure de la retraite est-elle venue ? Ou bien est-il capable de retrouver son niveau, sa confiance ?

Sa carrière, son palmarès parlent pour lui. Mais est-ce suffisant ? Le Saint est-il capable de se remobiliser, de se réinventer, de reproduire ces centaines, ces milliers d’arrêts qui lui ont valu son auréole ? Tant d’arrêts qui lui ont valu, surtout, mon admiration. San Iker aurait beau devenir une passoire, réitérer les performances indignes de sa légende comme celle réalisé lors de la défaite contre les Pays-Bas, il restera à jamais le plus grand. Ce Mondial brésilien marque-t-il le crépuscule d’une idole ? Je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est que le seul mot qui me vient à l’esprit quand je le vois jouer est « ídolo ». Il n’est pas question d’écrire la nécrologie de sa carrière, car je reste persuadé que l’ídolo qu’il est à mes yeux reste capable du meilleur, et qu’il le prouvera. ¡Ánimo Iker!

C.B.

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