Osasuna Pampelune, S.D. Eibar : destins croisés

Par défaut

Après 14 saisons dans l’élite, majoritairement terminées entre la 11ème et la 17ème place, le club navarrais retrouve une deuxième division dont s’extirpe le S.D. Eibar, pour la première fois en 74 ans d’histoire. Au-delà d’une simple passe d’armes en Euskadi – si tant est que l’on considère l’Osasuna comme un club basque, c’est un autre débat – c’est également le croisement entre deux clubs radicalement opposés, l’un croulant sous les dettes, l’autres se caractérisant depuis plusieurs années par son modèle de gestion sain.

Au terme d’une saison moyenne au cours de laquelle il a été 15 fois relégable, le C.A. Osasuna retrouve la Segunda. La victoire contre l’Atlético Madrid (3-0) et les nuls contre le Barça (0-0) et le Real Madrid (2-2) à domicile n’auront pas suffi à sauver le club navarrais d’une relégation qui lui pendait au nez en raison des nombreuses contre-performances : 19 défaites, dont 11 à l’extérieur, dont des raclées contre le Barça (5-0), ou la Real Sociedad (5-0). Dans le même temps, le S.D. Eibar réussi une saison quasi-parfaite, remportant pour la première fois de son histoire la Deuxième division, devant un habitué de l’élite, le Deportivo La Corogne.

Si le destin de ces deux clubs est intéressant, c’est notamment parce qu’en dehors de leur attachement au Pays Basque – bien que n’appartenant pas à la Communauté Autonome du Pays Basque, l’Osasuna est considéré par beaucoup comme un club basque, sans doute parce qu’il est le seul club professionnel à porter un nom en langue basque, Osasuna signifiant « santé » – ils représentent deux modèles économiques radicalement différent.

L’Osasuna en bien mauvaise santé

S’il jouit du soutien de diverses autorités politiques, le club de Pampelune n’en demeure pas moins au bord du gouffre, économiquement parlant. Comme beaucoup d’autres clubs professionnels, il accumule une dette impressionnante vis-à-vis du fisc espagnol : celle-ci se chiffre à 47 millions d’euros. Evidemment, la descente en deuxième division exacerbe le problème, puisqu’elle conduit invariablement à une baisse substantielle des recettes, particulièrement en ce qui concerne les droits de retransmission. Il touchera au mieux 2,8 millions d’euros en Segunda, contre 23,5 millions en Liga, soit les 2/3 du budget du club. En clair, le club risque fort de mettre la clé sous la porte tant il est hautement improbable qu’il soit capable de rembourses ses dettes fiscales. En théorie du moins, puisque le soutien des institutions navarraises (Gouvernement Foral de Navarre et Maire de Pampelune) pourrait encore une fois lui éviter la banqueroute.

Malheureusement pour le club, celui-ci n’est pas seulement endetté vis-à-vis du fisc, les créanciers privés sont nombreux. A tel point que sa dette globale s’élève à un peu plus de 74 millions d’euros en juin 2014. Si le montant peut sembler dérisoire lorsqu’on s’intéresse à la Liga dans son ensemble, il faut garder à l’esprit qu’il n’est pas ici d’une institution comme le sont le Barça et le Real Madrid, qui trouveront toujours un prêteur, mais bien d’un club relativement petit dont les actifs sont fortement limités, ce qui réduit d’autant plus les possibilités de l’Osasuna de se voir accorder des crédits supplémentaires par les banques. Il faut également signaler que 7 millions d’euros de salaires sont encore dus aux joueurs, 7 millions d’euros qui devront être payés avant le 31 juillet sous peine de voir le club s’enfoncer encore un peu plus avec une relégation administrative en troisième division.

Cette épée de Damoclès menace depuis des années le club de Pampelune, qui avait déjà dû renégocier une partie de sa dette fiscale qui s’élevait alors à 40 millions d’euros avec le Gouvernement de Navarre en décembre 2012 – cas à part en Espagne, c’est le fisc de la Communauté Forale de Navarre qui recouvre les impôts et non les services nationaux. Comment en est-on arrivé là ? A en croire Ángel Vizcay, c’est on ne peut plus simple : plutôt que de payer ce qu’il devait au fisc, le club préférait notamment acheter des joueurs (1). En clair, le club vivait – et vit encore – à crédit grâce aux contribuables navarrais.

Dans le même temps donc, le plus petit club de Segunda en termes de budget (3 millions d’euros) réussit l’exploit de se hisser en Liga au terme d’une saison réussie. La performance est d’autant plus à souligner que le club s’astreint à une discipline économique très rigoureuse, refusant de dépenser ne serait-ce qu’un centime de plus que ce qu’il a. Un club qui plairait à Michel Platini donc.

L’anti-football moderne du S.D. Eibar

Malgré cette gestion vertueuse, le club basque a bien failli ne jamais voir la première division. En cause, une obligation d’augmenter son capital pour le monter à 1,7 million d’euros avant le 6 août. Si la somme semble dérisoire pour la majorité des clubs professionnels, elle ne l’est pas pour le S.D. Eibar qui a donc lancé une grande opération visant à attirer de petits actionnaires (à partir de 50€), ce qui n’est pas sans rappeler l’opération qui avait été lancée il y a quelques temps pour sauver le Real Oviedo (lire : « Carlos Slim, celui qu’on attendait plus »). Le club a néanmoins fixé des limites, puisqu’aucun actionnaire ne peut posséder plus de 2% des actions. A l’heure actuelle, 92% de la somme requise (1 724 272,95 euros pour être précis) ont été récoltés.

Jusqu’à aujourd’hui, jamais le club basque n’a eu la moindre dette. Il n’a jamais omis de payer ses joueurs ou ses autres employés. Si la situation peut paraître normale, elle dénote en Espagne, où beaucoup de clubs, même en première division, acculent des retards hallucinants au moment de payer leurs joueurs. Pour ce qui est de la dette, le cas Eibar dénotera encore plus dans une Liga minée par les budgets en déficit et les dettes abyssales de ces clubs (Atlético Madrid, Valence, etc.). Un des joueurs du club, Jon Errasti, expliquait récemment au magazine en ligne Jot Down (lire : « Eibar contra el fútbol moderno ») la raison de cette politique : « En réalité, c’est une question d’éthique. Il s’agit de placer l’éthique au-dessus de l’ambition. C’est facile à dire, mais presque personne ne le fait. Et je crois que ça en dit beaucoup non seulement sur le football moderne mais aussi sur notre société ».

Son coéquipier Eneko Boveda va plus loin : « Les exemples comme celui d’Eibar sont ce dont a besoin notre société : des modèles de gestion saine qui réussissent proprement ». Les joueurs comme les dirigeants sont conscients du rôle modèle que pourrait jouer le club en Liga, et pour le football professionnel espagnol dans son ensemble. Néanmoins, la petite taille du club l’empêche de constituer un exemple à suivre crédible pour beaucoup dont le budget est autrement plus important, faisant du S.D. Eibar une utopie impossible à envisager. L’entraîneur du club, Gaizka Garitano semble parfait quelque peu déconnecté de la réalité, notamment lorsqu’il affirme à Jot Down : « Je crois que dans une époque où le budget à la base de tout, le S.D. Eibar prouve qu’il est possible de réussir grâce aux efforts et à l’honnêteté ». Le discours est hautement louable, mais est-il réaliste ?

C’est là tout le « problème ». Les choses ont très bien fonctionné pour le club basque, mais l’exemple est-il exportable ? Il est permis d’en douter à grande échelle. Pour autant, on peut espérer qu’il inspire d’autres « petits » en Espagne, voire même en Europe. En défendant son identité de club de football avant celle d’entreprise, le S.D. Eibar semble nager à contre-courant en Europe. Pour combien de temps ?

C.B.

 (1) « Si l’on avait payé ce que l’on devait au fisc, on n’aurait pas pu honorer d’autres paiements, comme ceux des transferts. […]. On donnait la priorité au paiement des transferts, des salaires, des banques et des créanciers privés sur le paiement des impôts et taxes ». Propos tenus lors de l’Assemblée des socios d’Osasuna, en 2013.

Sources :

Publicités

Une réflexion sur “Osasuna Pampelune, S.D. Eibar : destins croisés

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s