FIFAgate : l’UEFA seule contre tous ?

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Les arrestations de multiples dirigeants de la FIFA en Suisse ces derniers jours ont fait exploser un nouveau scandale touchant l’organisation. Une fois encore, une affaire de corruption ébranle le football mondial. Une fois encore, l’organisation de Coupes du Monde est au cœur du scandale. Une fois encore, Sepp Blatter semble en mesure de passer entre les mailles du filet. A en croire la presse et certains analystes, seule l’UEFA et son président, Michel Platini, oseraient dénoncer la corruption qui gangrène la FIFA. Enfin, gangréner est un verbe au sens bien faible tant « FIFA » et « corruption » semble liés depuis des temps dont même les plus anciens peinent à se souvenir. A en croire la presse donc, l’UEFA serait le chevalier blanc du football mondial. Vraiment ?

L’élection d’aujourd’hui à la tête de la FIFA semble jouée d’avance : Sepp Blatter, qui occupe le trône zurichois depuis tellement longtemps que l’on se demande si Sepp n’est pas la FIFA, et la FIFA, Sepp, va encore une fois remporter le scrutin, son concurrent, membre de la famille royale jordanienne, n’étant destiné qu’à servir de starring partner, ou de serpillère – tout dépendra du score réalisé par ce cher Monsieur Blatter. Sa victoire est évidemment acquise, ce qui est dû en grande partie au fonctionnement de la FIFA. Chacune des fédérations a le même poids, qu’il s’agisse de l’obscure fédération de Saint-Kitts-et-Nevis ou de la fédération nigériane. Par conséquent, Sepp n’a vraiment pas beaucoup de souci à se faire, tant il a structuré le football mondial autour de lui, de sortes que la FIFA ne puisse, pour beaucoup d’acteurs, s’envisager sans Sepp.

Le soutien des fédérations africaines, asiatiques et caribéennes lui semblent déjà acquis. Et pour cause, en 17 ans de présidence, il a su nouer des liens étroits, tisser sa toile et mettre en place une terriblement efficace politique du ventre. En redistribuant l’argent de la FIFA aux fédérations, il s’assure que sa clientèle électorale ne le trahira pas – la FIFA n’est pas Corbeil-Essonnes, personne n’ira dénoncer Papa Sepp au Canard Enchaîné. La politique du ventre mise en place par Sepp Blatter lui assure le soutien de toutes ses fédérations qui lui doivent tant. Blatter a eu l’intelligence de structurer un vaste réseau clientéliste qui lui est bénéfique, tout en l’étant pour les fédérations qui n’ont pas la puissance financière de la FFF ou de la Fédération allemande par exemple.

Là où Papa Sepp s’est montré malin, c’est qu’il n’a jamais personnellement bénéficié de la corruption qui est partout à la FIFA. Déjà, à l’époque des scandales qui avaient touchés João Havelange, lui, le Secrétaire général de la FIFA présidé par le parrain brésilien, n’avait rien vu, rien entendu. Blanc comme neige, Blatter pouvait donc présider la FIFA sans problème, puisqu’il n’était au courant de rien, il ne connaissait rien des agissements d’Havelange. Et le même schéma s’est répété pour tous les scandales qui ont suivi depuis : Blatter ne sait rien, Blatter n’a rien vu, rien entendu, il est innocent. Pas la moindre once de complicité, puisqu’on vous le dit. Blatter n’est pas corrumpu. Blatter est un Saint dans un monde de parrains et de mafieux.

Avec le Fifagate, Blatter est encore une fois accusé. Et pourtant, Blatter s’en sortira encore une fois. Il n’a rien vu. Il ne sait rien. C’en est trop pour le chevalier blanc du football européen, et ancien disciple de Papa Sepp. Non, cette fois-ci, Michel ne se taira pas. Et Michel attaque donc, demande la démission de Blatter, et émet des menaces voilées. Si Blatter est réélu, l’UEFA pourrait protester. En envoyant une carte postale de désapprobation ? Ou pire, en condamnant publiquement le président de la FIFA ? Ou serait-il enfin question d’une véritable réaction ? L’UEFA serait-elle capable de pousser la contestation plus loin ? En se retirant temporairement de la FIFA ? En boycottant le Mondial 2018 en Russie ?

La rengaine du boycott commence à devenir récurrente. Depuis Moscou et Los Angeles, cette pratique a fait du chemin. Et s’est avérée vaine bien souvent. Sans intérêt, encore plus souvent. Boycotter le Mondial 2018, et pourquoi pas le Mondial 2022 est une idée bien risquée. Existe-t-il quelque chose qui rapporterait plus aux fédérations européennes qu’un mondial ? Difficile à croire. L’appât du gain aura raison de cette idée farfelue.

Mais alors, qui pour faire plier la FIFA ? Qui pour la nettoyer de fond en comble ? Qui pour la ramener dans le droit chemin ? L’UEFA a beau s’afficher en chevalier blanc de l’honnêteté et de l’incorruptibilité du football mondial, on a du mal à y croire. Mais alors, le football mondial est-il définitivement pourri ? Pourri par la corruption, pourri par l’attitude de ses dirigeants, qui préfèrent se servir ou fermer les yeux en espérant que cela leur sera bénéfique un jour ? Pourquoi a-t-il fallu attendre que le FBI s’y intéresse pour les corrompus ne se sentent plus comme chez eux au siège de la FIFA ? Pourquoi ne peut-on toujours pas lire le rapport de Michael Garcia ? Autant de questions qui restent en suspens.

Et finalement, il apparaît qu’un seul acteur est en mesure de faire plier la FIFA : ses sponsors. Qui d’autre que celui qui détient la bourse pour forcer la FIFA à faire le ménage, à se réformer ? Il est sans doute bien utopique d’imaginer que tous les sponsors de l’organisation puissent soudainement tous se liguer et exiger du changement. Malheureusement, c’est sans doute le dernier espoir qu’il nous reste.

C.B.

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