Quelques réflexions sur les Mondiaux de natation de Kazan (Épisode 1)

In a picture taken with an underwater camera Ryan Lochte of the US competes in the men's 200m freestyle heats swimming event at the London 2012 Olympic Games on July 29, 2012 in London.  AFP PHOTO / FRANCOIS XAVIER MARITFRANCOIS XAVIER MARIT/AFP/GettyImages ORG XMIT: 148073151
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Les championnats du Monde de natation se déroulent à Kazan en ce moment. À deux jours de la fin, quelques réflexions que je me suis faites devant ma TV.

La « nouvelle » technique de coulées de Ryan Lochte est-elle réellement judicieuse ?

Comme attendu, Ryan Lochte, le multi-médaillé et polyvalent nageur américain, a « testé » pour la première fois dans une compétition mondiale une nouvelle technique de coulées sur ses épreuves de nage libre. Contrairement à la totalité de ses concurrents, il a choisi d’effectuer la totalité de ses coulées sur le dos avant de se retourner sur le ventre juste au moment de sa reprise de nage. Déjà testée il y a plusieurs années en compétition, cette technique permettrait d’aller plus loin et plus vite sous l’eau. Si la grande majorité des nageurs de haut-niveau parvient à enchaîner au moins deux coulées jusqu’à la limite des quinze mètres, peu nombreux sont ceux à atteindre cette limite à chacun de leurs virages dans les épreuves dépassant le 100 mètres. Lochte avait annoncé au début du mois de juin qu’il avait trouvé un nouvel élément à intégrer à sa technique de nage libre. Quelques jours plus tard, il en avait fait la démonstration au meeting d’Athens, en Géorgie. Il avait alors remporté sans difficultés le 200 mètres 4 nages (2:00.00), en testant sa nouvelle technique de coulée sur son dernier cinquante mètre en crawl (29.88). En revanche, sa tentative de remporter le 200 mètre nage libre en expérimentant la même technique de coulée s’est heurtée à un problème : le nageur finlandais Matias Koski a devancé – de peu – le champion américain (1:47.65 contre 1 :47.69).

Fraichement arrivé à Kazan, les nouvelles coulées de Lochte étaient attendues. Qualifié sans difficultés pour la finale du 200 mètre nage libre, il a pu à nouveau mettre en pratique ses nouvelles coulées. Néanmoins, le résultat ne s’est pas avéré aussi bon qu’espéré, puisque l’Américain a échoué à la quatrième place (1:45’83) derrière James Guy (1:45.14), Sun Yang (1:45.20) et Paul Biedermann (1:45.38). Contrairement à ces trois nageurs, Ryan Lochte a nagé ses deux derniers cinquante mètres en plus de vingt-sept secondes (27.16 et 27.64). Biedermann a nagé ses deux derniers cinquante mètre en moins de vingt-sept secondes (26.91 et 26.67) quand les deux premiers de la course ont nagé l’un des deux sous les vingt-sept secondes. Sans se fier aux temps, il semble, lorsque l’on regarde la course que ses coulées au quinze mètre répétées ont « fatigué » Lochte plus qu’elles lui ont fait gagné du temps. Le temps gagné par Lochte sous l’eau semble avoir été bien vite « rattrapé » par les concurrents de l’Américain ayant opté pour des coulées moins longues. En revanche, sur le 200 mètre 4 nages, il apparaît une nouvelle fois que la technique choisie par Lochte est la bonne : devancé de très peu par Thiago Pereira aux 150 mètres (1:27.64 contre une 1:27.73), il terminé finalement la course devant le Brésilien (1:55.81 pour l’Américain, 1:56.65 pour le Brésilien), bien aidé par sa coulée bien plus spectaculaire que celle de son concurrent.

On pourrait donc en conclure que si le choix fait par Ryan Lochte de systématiquement atteindre les quinze mètres en ondulations dorsales lors des épreuves de nage libre peut sembler pénalisant, il apparaît indéniablement que c’est un choix qui s’avère payant sur 200 mètres 4 nages, puisque cela lui permet de creuser l’écart avec ses concurrents sans que cela lui soit préjudiciable.

Ferme-t-on les yeux sur le dopage dans la natation mondiale ?

Les cas de contrôle positif aux produits dopants sont, semble-t-il, bien moins nombreux en natation que dans d’autres sports : seuls 21 « athlètes » sont actuellement suspendus par la FINA (la liste est disponible ici). Pour autant, cela n’empêche pas la suspicion. Comme le signale le journaliste du « Monde » Henri Seckel sur son blog, certains nageurs revenant de suspension instillent le doute dans l’esprit du spectateur. Le cas Efimova est notamment révélateur. Suspendue seize mois après avoir utilisé des stéroïdes, la Russe a remporté la finale du 100 mètres brasse. Le chinois Ning Zetao, tout frais champion du Monde du 100 mètres nage libre, avait également été suspendu il y a plusieurs années pour dopage : il avait été contrôlé positif au clenbutérol (mais, comme dans le cas d’Alberto Contador, il avait sans doute dû manger du bœuf contaminé, puisqu’il n’a cessé de clamer son innocence). Les stars de la natation mondiale ne sont pas en reste, puisque Cesar Cielo ou Sun Yang ont également, au cours de leur carrière, été contrôlés positif.

Les cas semblent se multiplier, et cela n’empêche pas ces nageurs de revenir au plus haut niveau quelques temps plus tard. Nul ne peut à ce jour dire s’ils ont continué à se doper, leurs tests s’étant tous avérés négatifs depuis. Mais un athlète qui triche doit-il avoir droit à une seconde chance ? Le cas Armstrong aura sans doute aidé à radicaliser les positions. En mentant effrontément tout au long de sa carrière, le cycliste américain n’a rien fait pour que progresse la présomption de non-dopage dans le sport en général, et pas uniquement dans le cyclisme – qui peut aujourd’hui croire que les techniques utilisées par les cyclistes dopés depuis des années ne le sont pas également dans d’autres sports ? Il faudrait être incroyablement naïf. Faut-il, comme le préconise l’entraîneur niçois Fabrice Pèlerin bannir « à vie ceux qu’on chopperait » ? Une telle sévérité aurait le mérite d’en dissuader certains, mais il est évident que cela n’empêcherait pas le dopage, comme la peine de mort n’a jamais empêché le crime. Une fois la suspension effectuée, le sportif dopé peut à nouveau concourir, mais est-ce bien juste vis-à-vis de tous ceux qui se sont entraînés durement et ont été lésés par les pratiques de tricheurs ? La question se pose. Bannir à vie les dopés pourrait être une solution. Mais avant d’en arriver là, pratiquer des suspensions plus longues : entre trois mois et deux ans de suspension pour la majorité des cas, cela semble bien trop peu. Allonger les peines pourrait, peut-être, permettre de lutter efficacement contre le dopage dans la natation, et faire le ménage une bonne fois pour toutes.

La France ne mérite-t-elle pas mieux que le trio Boyon-Manaudou-Lucas aux commentaires ?

Pour remplacer Roxana Maracineanu, championne du monde à Perth, déjà au siècle dernier, France Télévisions a opté pour un duo inédit au micro pour accompagner l’inamovible Alexandre Boyon : Laure Manaudou et Philippe Lucas. Après quelques jours, un premier constat s’impose : arrêtez le massacre, s’il vous plait. Si personne ne remet en cause la qualité des connaissances d’Alexandre Boyon sur l’histoire de la natation, certains de ces commentaires sont au mieux ridicules, au pire, exaspérant. Dès le premier jour, il débute en confondant une japonaise avec une chinoise et enchaîne en faisant une référence à Ikea lors d’une course de la suédoise Sarah Sjöström. Ne mérite-t-on réellement pas mieux sur le service public ? Quant à Laure Manaudou, il apparaît encore une fois que le champion ne fait pas le consultant. Ses commentaires sont indigents, à la limite de l’évidence. Elle serait presque fière de nous annoncer que oui, la piscine est bien remplie d’eau, et que l’eau, ça mouille. Concernant Philippe Lucas, on se contentera de dire qu’il est bien meilleur entraîneur que consultant. Enfin, comment terminer sans évoquer le maître du malaise, le grand Nelson Monfort. Pourquoi continuer à nous imposer ses interviews gênantes ? Personne d’autre ne parle anglais et espagnol à France Télévisions ? S’il n’est pas encore parvenu au niveau de malaise qu’il avait atteint lors de son interview d’Ophélie-Cyrielle Etienne aux JO de Londres, ses prestations ne méritent clairement pas la moyenne.

À la semaine prochaine pour d’autres réflexions sur ces Mondiaux.

C.B.

Photo : François-Xavier Marit, AFP.

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